Pour l’instant, pas de drame. Les administrations, les musées, les parcs nationaux sont fermés. Même la Maison-Blanche tourne à effectifs réduits et seuls les services d’urgence sont assurés mais c’est, après tout, la dix-huitième fois en 42 ans que l’Etat fédéral doit se mettre aux abonnés absents parce que le Congrès n’a pas adopté son budget de fonctionnement et les Etats-Unis n’en ont jamais disparu pour autant.

Non, il n’y a rien de dramatique à cela mais, si la querelle durait entre la Maison-Blanche et la Chambre des représentants, si elle durait quinze jours de plus et qu’on arrivait ainsi dans un climat d’extrême tension au 17 octobre, c’est alors que la situation deviendrait vraiment sérieuse. A cette date-là, le Congrès doit en effet voter, ou ne pas le faire, le relèvement du plafond de la dette, du nombre maximal de milliards de dollars – près de 17 000 aujourd’hui – dont les Etats-Unis peuvent être débiteurs. S’il n’y a pas d’accord sur le budget d’ici le 17 octobre, il n’y en aura pas non plus sur ce plafond et l’Amérique se trouverait alors en défaut, en cessation de paiement, en faillite en un mot et c’est alors que les choses seraient graves, extrêmement graves.

Question, donc : pourrait-on en arriver là ?

La réponse est que ce n’est pas exclu, pas le plus probable mais parfaitement possible, pour deux raisons. La première est que le Parti républicain qui est aujourd’hui majoritaire à la Chambre est devenu l’otage de son aile droite, du Tea Party, d’un courant viscéralement hostile à l’Etat, aux impôts et, surtout, à toute forme de protection sociale, assimilée à de l’assistanat aux frais du contribuable. Pour le Tea party, la lutte contre les systèmes de protection sociale est une cause sacrée et si ses élus ont fait fermer les services de l’Etat en refusant d’adopter le budget, c’est parce qu’ils voudraient obtenir de Barack Obama, en échange de leurs voix, qu’il reporte la généralisation de l’assurance-maladie, son grand-œuvre, et y renonce en fait.

C’est là-dessus que se joue ce bras de fer que désapprouve totalement le reste du Parti républicain. C’est une bataille idéologique que mène le Tea party et aussi critiqués qu’ils en soient par l’opinion américaine, ses élus semblent vouloir aller jusqu’au bout car l’important est pour eux les primaires républicaines, le processus de désignation des candidats du parti dans lequel ce sont les militants les plus radicaux qui pèsent le plus, ceux-là mêmes qu’ils veulent s’attacher.

C’est la première raison d’inquiétude et la seconde tient aux institutions américaines dont on voit là l’inefficience et l’anachronisme. De loin, le pouvoir américain se résume ou presque au président des Etats-Unis mais ce n’est pas du tout le cas car, de peur que quiconque ait trop de pouvoir, les pères fondateurs se sont ingéniés à ce que le Congrès et la Maison-Blanche doivent en permanence tout négocier. C’est pour cela que les mandats sont courts, que les Etats-Unis sont en campagne électorale une année sur deux, que les cohabitations sont presque la règle et que le Congrès est incontournable. C’était un souci louable, sauf que les Etats-Unis en sont virtuellement ingouvernables et qu’avec le Tea Party, ils le sont totalement.

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