L’Allemagne avait décidé de livrer des armes aux Kurdes d’Irak. A défaut d’une participation directe aux engagements aériens, semblable à celles de la France et de la Grande-Bretagne, c’était sa manière à elle de contribuer à la lutte contre l’Etat islamique mais l’acheminement de ces armes a été considérablement retardé par des problèmes logistiques. Les uns après les autres, les avions qui devaient les acheminer tombaient en panne. Les instructeurs que ces livraisons demandaient ont parallèlement rencontré des problèmes de transport et l’Allemagne a ainsi découvert le consternant état de ses forces armées. Seuls 42 de ses 109 avions de combat Eurorfighters (auxquels on vient de découvrir, de surcroît, un défaut de fabrication), seuls 38 de ses 89 chasseurs Tornado et seuls 10 de ses 31 Tigre, des hélicoptères de combat, sont réellement prêts à décoller alors que les autres sont en maintenance ou réparation. Après le choc provoqué, début septembre, par un article du Spiegel sur le délabrement des infrastructures civiles, l’affaire prend des allures de scandale national mais le drame et qu’il n’y a pas, en Europe, que les armées allemandes pour être tellement affaiblies. En Italie, seuls 15% des hélicoptères militaires sont utilisables. En Grande-Bretagne, seuls 40 des 170 avions de combat sont en état de vol et, d’année en année, la situation se dégrade en France où seulement 40% des appareils de l’armée de l’air étaient disponibles en 2013 contre 60% en 2008 et 65% en 1997.Le fait est là : l’Europe n’a pas de Défense car déjà dépourvues de commandement commun et de vraies planifications communes, ses armées nationales voient leurs capacités inexorablement régresser tant, en quête d’économies, les gouvernements de l’Union coupent dans les budgets militaires. Cela se comprend puisqu’il n’y a pas à craindre de grèves dans les casernes et que ces coupes ne troublent pas les opinions européennes, très majoritairement pacifistes et très peu enclines, surtout, à croire que de vrais dangers puissent menacer leurs pays. Or ce n’est pas vrai. Dans la crise ukrainienne, deux des explications majeures de la détermination de Vladimir Poutine sont qu’il n’a jamais pensé que l’Europe ait les moyens de seulement envisager une réaction militaire et que son propre budget de la Défense sera supérieur, dans moins de deux ans, à ceux de la France et de l’Allemagne réunis. Les dépenses militaires de la Chine ne cessent parallèlement d’augmenter à une vitesse exponentielle et l’on voit bien, avec les chaos du Proche-Orient, que l’Europe n’est pas à l’abri de tout danger. Le scandale qui vient d’éclater en Allemagne n’est pas qu’allemand. C’est toute l’Europe qu’il interpelle.

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