C'est maintenant dit et très clairement. Ce n’est pas par hasard ou maladresse que la Russie n’avait pas réservé ses premières frappes syriennes aux jihadistes de Daesh. Si elle avait d’abord frappé, avant-hier, d’autres mouvements de l’opposition armée à Bachar al-Assad, c’est que tous ceux qui ont pris les armes contre le régime syrien sont, à ses yeux, des « terroristes », tout aussi condamnables et dangereux que Daesh et contre lesquels il faudrait lutter avec la même détermination que contre les jihadistes.

C’est sans détours que les responsables russes l’ont expliqué hier et leur stratégie rompt ainsi avec toute ambiguïté. Ils ne sont pas intervenus en Syrie pour y sauver le régime Assad de l’effondrement qui le menace et l’amener ensuite à négocier un compromis avec l’opposition. Non, pas du tout. Ils sont là-bas pour aider, ou tenter d’aider, ce régime à reprendre la main sur tout ou partie du territoire syrien en y écrasant toue forme d’opposition.

Il est à cet égard frappant qu’on annonce parallèlement l’imminence d’une offensive terrestre que l’armée syrienne devrait lancer avec l’appui de l’Iran et du Hezbollah l’organisation politico-militaire chiite dont les Iraniens ont fait une force incontournable au Liban et qu’ils ont engagée en Syrie depuis quatre ans. La logique, celle de la Russie du moins, voudrait maintenant que l’aviation russe apporte son soutien à cette offensive puisque tous les opposants à Bachar al-Assad seraient des terroristes et que les premières frappes russes, insiste-t-on à Moscou, ont été lancées à la demande du régime de Damas.

Militairement parlant, la Russie va, sans doute, marquer des points puisque aucun des mouvements de l’opposition syrienne n’a d’aviation, que Daesh n’en a pas non plus et que les appareils de la coalition arabo-occidentale ne vont certainement pas s’opposer à ceux de Moscou. Militairement parlant, ce conflit change de nature mais le fait politique nouveau, l’essentiel, est que la Russie reprend pied au Proche-Orient en s’y faisant, contre les sunnites, l’alliée des chiites dans la guerre qui oppose, en Syrie, les deux religions de l’islam.

Contre la majorité de la population syrienne, sunnite à plus de 60%, la Russie prend le parti de la minorité alaouite, la branche du chiisme au pouvoir à Damas. Elle s’allie ainsi à l’Iran, bastion du chiisme et protecteur de Bachar al-Assad. Elle se rapproche, et à grands pas semble-t-il, de l’Irak à majorité chiite et se retrouve ainsi face aux pays sunnites, notamment à l’Arabie saoudite et à la Turquie, qui ont aussitôt condamné les frappes russes. Il y a longtemps que le conflit syrien était devenu un conflit régional. L’intervention de la Russie est en train d’en faire un conflit international et l’idée la plus saugrenue est qu’elle pourrait contribuer à tarir le flux de réfugiés fuyant une guerre qui s’amplifie.

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