Où l'on voit que les violences d'hier pourraient vraiment fracturer l'Espagne et affaiblir l'Union européenne

Il n’a pas tort, mais se trompe totalement. Lorsque Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, explique qu’il n’y a « pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne » et que « l’état de droit a prévalu », il a oui, factuellement raison.

Il n’y a pas eu de référendum, valide en tout cas, puisque les bulletins de vote avaient été saisis, qu’un grand nombre de bureaux avaient été fermés par la police, que cette consultation était illégale au regard du droit espagnol qui, jusqu’à nouvel ordre, s’applique en Catalogne et l’état de droit l’a donc emporté. On comprend que le chef du gouvernement s’en réjouisse mais, politiquement parlant, c’est tout différent.

Du point de vue politique, le bilan de cette journée est totalement catastrophique.

La police nationale a tiré des balles en caoutchouc, ce qui n’est pas rien, sur des gens qui ne faisaient que voter. Elle les a également matraqués. Des urnes ont été subtilisées par cette même police et ce spectacle était terriblement gênant. Entre les hélicoptères dans le ciel, ce déploiement de forces et les très nombreux blessés, la Catalogne a vécu une telle journée d’affrontement avec le pouvoir central qu’une cassure s’est opérée, hier, en Espagne.

Il y aura un avant et un après 1ier octobre 2017 car ces violences qui n’étaient pas le fait des indépendantistes mais du gouvernement espagnol ont toutes chances d’avoir fait basculer de nombreux indécis et nombre d’adversaires d’une sortie de l’Espagne dans le camp de l’indépendance.

Est-ce aussi que cela fait pour autant une majorité d’indépendantistes ?

Difficile à dire mais leur nombre a progressé hier. L’indépendantisme catalan, forcément, s’est radicalisé et il ne sera maintenant pas facile de recoudre les morceaux puisque la satisfaction affichée par M. Rajoy est extrêmement irritante pour les Catalans et que Carles Puigdemont, le chef du gouvernement catalan, n’a pas attendu pour déclarer que « la Catalogne avait gagné le droit d’avoir un Etat indépendant ».

Entre un dirigeant catalan qui entraîne son peuple sur la voie du jusqu’auboutisme sans avoir les moyens de l’emporter et un dirigeant espagnol qui n’a fait que jeter de l’huile sur le feu sans penser au coup d’après, on est maintenant dans une bataille d’irresponsables qui pourrait vraiment fracturer l’Espagne et affaiblir l’Union européenne.

L’Union sera peut-être, un jour, une union des régions mais tant qu’elle n’est pas elle-même un Etat, autrement dit pas avant longtemps, l’éclatement des 27 pays qui la composent aujourd’hui ne pourrait mener qu’à son délitement. Il est urgent de faire entendre raison à MM. Rajoy et Puigdemont et peut-être est-ce le rôle des institutions européennes.

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