Les premiers tests de la 5G débutent aux Etats-Unis, mais dans les coulisses, Américains et Chinois se livrent une intense rivalité dans un domaine autrefois dominé par les Européens.

Selfie place Tiananmen, pendant la session du parlement chinois qui se tenait au même moment dans le Grand Hall du Peuple, en mars 2017.
Selfie place Tiananmen, pendant la session du parlement chinois qui se tenait au même moment dans le Grand Hall du Peuple, en mars 2017. © AFP / WANG ZHAO / AFP

Le téléphone portable sur lequel vous écoutez ou lisez peut-être France Inter est devenu l’un des objets les plus familiers au monde. Il y a pourtant derrière cette banalité une lutte d’influence qui en dit long sur les nouveaux rapports de force internationaux. La 5G, qui devrait assurer des connections à plus grande vitesse, commence cette semaine ses premiers tests aux Etats-Unis, et elle est le révélateur de ces enjeux.

Au début des années 2000, deux standards de téléphonie mobile se partageaient le monde. Souvenez-vous de ces trois lettres, GSM, qui incarnaient alors la mobilité de deuxième génération : c’était une norme européenne, qui avait conquis la majeure partie du monde. A l’exception de l’Amérique du nord, qui avait la sienne.

Les Chinois, largement absents de cette concurrence, avaient alors créé leur propre standard, utilisé par un seul opérateur national, le plus petit. Intrigué par cette décision qui semblait irrationnelle, j’avais interrogé un expert à Pékin. Il m’avait répondu : « détrompez-vous, les Chinois mettent un pied dans la porte avec la 3G, et seront autour de la table pour la définition des normes de la 4G et surtout de la 5G ».

C’est exactement ce qui s’est produit. La 5G est pour demain, et le monde se divise principalement entre Américains et Chinois, les Européens ayant perdu pied dans un domaine dont ils étaient les pionniers il y a vingt ans. Il ne reste plus désormais en Europe que les fabricants suédois et finlandais convalescents, là où les industriels scandinaves, allemands et français dominaient le marché. Alcatel, le fleuron français, n’existe plus.

Mon expert de Pékin avait vu juste : les Chinois visaient le long terme, c’est leur force dans ce monde qui vit à court terme.

En moins de deux décennies, la Chine est devenue le premier marché des télécoms au monde, permettant l’essor de champions nationaux qui comptent désormais parmi les leaders mondiaux. 

Et c’est là que la concurrence industrielle classique croise les enjeux géopolitiques. Impossible de comprendre la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump contre la Chine sans prendre en compte cet enjeu de maîtrise et de leadership technologique.

Le constructeur chinois Huawei a été le grand bénéficiaire de cet essor de son marché national, avant de se lancer à la conquête du monde. L’entreprise chinoise est devenue le deuxième producteur de smartphones mondial, et un un équipementier très concurrentiel, qui a l’ambition d’être leader mondial de la 5G et d’en recueillir les juteux bénéfices.

Mais le climat international joue contre Huawei. Les Etats-Unis ont, de fait, banni l’entreprise chinoise de leur important marché, en invoquant des raisons de sécurité, et font pression sur leurs alliés pour en faire autant. L’Australie a déjà suivi mais l’Europe ne leur a pas emboité le pas jusqu’ici, malgré un rapport alarmiste du Sénat français en 2012.

Dans cette nouvelle guerre froide doublée d’une guerre industrielle, l’Europe a largement perdu l’initiative malgré des efforts. Voilà pourtant un sujet sur lequel elle pourrait redevenir collectivement pertinente.

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