La journaliste Hajar Raissouni a été condamnée à un an ferme pour un avortement clandestin qu’elle dément. Cette affaire provoque un sursaut d’une partie de la société marocaine contre l’"hypocrisie" et les lois obsolètes.

Manifestation avec des slogans féministes en faveur de la journaliste Hajar Raissouni, le 9 septembre à Rabat. Depuis, la jeune femme a été condamnée à un an de prison ferme.
Manifestation avec des slogans féministes en faveur de la journaliste Hajar Raissouni, le 9 septembre à Rabat. Depuis, la jeune femme a été condamnée à un an de prison ferme. © AFP / FADEL SENNA / AFP

C’est une affaire qui révolte une partie de la société marocaine, et qui illustre la rigidité du pouvoir monarchique, derrière une vitrine moderniste.

Lundi, Hajar Raissouni, une journaliste marocaine de 28 ans, a été condamnée à un an de prison ferme pour un avortement clandestin dont elle nie la réalité. Son compagnon a lui aussi été condamné à un an de prison ferme pour relations sexuelles hors-mariage, et le médecin accusé d’avoir pratiqué l’interruption de grossesse, un gynécologue de 68 ans, a été condamné à deux ans de prison ferme.

Ce verdict a scandalisé une partie de l’opinion marocaine, d’abord parce qu’il est perçu comme une manière détournée de museler une journaliste d’un quotidien d’opposition, comme l’ont montré ses interrogatoires de police qui portaient plus sur ses accointances politiques que sur sa santé. La journaliste a eu le tort de s’être intéressée de trop près au « hirak », le soulèvement social de la région du Rif.

L’autre objection tient au fait que les autorités ont utilisé des lois archaïques sur l’avortement et les relations sexuelles pour s’en prendre à une femme et à son entourage, et tenter de les discréditer.

A l’approche du procès, il y a eu un appel de près de 500 personnalités marocaines, dont le prix Goncourt Leila Slimani, qui ont revendiqué leur propre culpabilité pour s’être faite avorter ou avoir été complices d’un avortement. 

Nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être

... écrivent ces Marocaines et Marocains dans un texte sans précédent dans le royaume ; même s’il rappelle évidemment le manifeste dit des « 343 salopes » en France : un document qui, dans les années 1970, avait provoqué un vaste débat et permis de changer la loi sur l’avortement.

On n’en est pas là au Maroc, etle verdict de culpabilitéest venu doucher ceux qui espéraient un geste d’apaisement.

Cette affaire vient rappeler l’archaïsme politique de cette monarchie absolue, derrière une façade de modernité et de modération. Tout changement doit provenir du « Makhzen », le système du Palais du roi Mohamed VI, qui décide tout, du résultat des élections aux grandes réformes.

Le Maroc vit de manière exacerbée la situation de nombreux pays arabo-musulmans, clivés entre une population urbaine, éduquée et ouverte au monde, et une frange plus conservatrice, plus religieuse. Entre les deux, c’est le grand écart sur le plan des mœurs et du mode de vie. Mais le Palais estime qu’il ne faut rien changer, afin de préserver une apparence de stabilité.

Dans leur manifeste, les signataires marocains dénoncent justement « la culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale, qui génère la violence, l’arbitraire, l’intolérance ». En s’en prenant à une femme et à son corps, le Palais a provoqué le sursaut d’une partie de la société qui considère que Hajar Raissouni a été condamnée pour l’exemple ; qu’elle n’a pas sa place en prison.

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