Source de la pandémie, la Chine a repoussé le coronavirus grâce à ses méthodes autoritaires, et relance son économie. La semaine de vacances du 1er octobre est un moyen de doper la consommation intérieure.

Privés de voyages à l’étranger, les Chinois se ruent sur les grands sites touristiques de leur pays à l’occasion de la « golden week » du 1er octobre, la fête nationale.
Privés de voyages à l’étranger, les Chinois se ruent sur les grands sites touristiques de leur pays à l’occasion de la « golden week » du 1er octobre, la fête nationale. © AFP / Koki Kataoka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

Il est un pays heureux où, alors que nous luttons en Europe et ailleurs contre une deuxième vague du COVID-19, la population est en vacances pour huit jours, et est incitée à voyager autant qu’elle veut. Quelque 600 millions de déplacements touristiques sont prévus cette semaine à l’intérieur de ce vaste pays. Vous l’avez reconnu, ce pays c’est … la Chine !

C’est un énorme paradoxe évidemment, puisque c’est en Chine que tout a commencé, à Wuhan, et avec un coupable mensonge sur la dangerosité du virus, et surtout sur sa transmission d’humain à humain. Mais aujourd’hui, la Chine a terrassé le virus -aucun nouveau cas signalé depuis le 15 août- et la vie a repris, avec d’immenses précautions et mesures de contrôle, mais suffisamment pour relancer l’économie.

La « golden week », la « semaine en or » du 1er octobre, la fête nationale chinoise, est l’un de ces moments-clé pour la consommation. Aucun voyage à l’étranger cette année, c’est donc le tourisme national qui est privilégié, et des chiffres astronomiques, comme toujours en Chine, sont annoncés dans les régions les plus visitées. Le tout orchestré par un pouvoir qui a fait d’une faiblesse initiale un atout de sa propagande.

Le propre d’un régime autoritaire est qu’il n’hésite pas à faire usage de son autorité, et que personne ne peut s’y opposer. Ce contrôle social absolu est évidemment l’un des meilleurs moyens de stopper la propagation du virus, surtout à forte dose de technologie de surveillance.

Dans la propagande officielle, à l’heure du 71ème anniversaire hier de la prise du pouvoir par Mao, ça devient une « guerre populaire contre le virus », remportée grâce au « puissant leadership du Comité central du Parti communiste chinois, avec Xi Jinping au centre ». Résultat, la vague d’indignation qui avait accompagné la mort du Dr Li Wenliang, le lanceur d’alerte de Wuhan, s’est transformée en fierté de revivre quand les images du reste du monde, surtout chez le rival américain, montrent la gestion chaotique de la pandémie.

Si la Chine est vivement critiquée ailleurs pour son attitude dans cette crise ou pour bien d’autres sujets, il ne faut pas sous-estimer la manière dont elle a retourné la situation à l’avantage de ses dirigeants à l’intérieur.

Pour autant, tout ne va pas si bien pour la Chine, et c’est le sens de cet encouragement à la consommation lors de ces huit jours de vacances (un de plus que l'an dernier!). Pékin tente de changer son modèle économique, après trois décennies basées sur les exportations.

Ce modèle s’est essoufflé pour plusieurs raisons, dont le coronavirus. Pékin pousse donc à la consommation intérieure, bien plus faible que dans les pays développés dans la structure du Produit intérieur brut, pour prendre le relais et développer une économie moins dépendante des marchés internationaux. 

Cette période de mutation est assurément dangereuse pour Xi Jinping et son pouvoir absolu et solitaire. 

Mais en poussant les Chinois sur les routes des vacances, il fait coup double : il dope son économie et renforce le sentiment des Chinois qu’ils s’en sortent mieux que le reste du monde en cette année de pandémie. C’est peut-être à terme une illusion, mais en attendant, c’est le prix de la paix sociale en Chine.

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