Cette crise irakienne n’est plus seulement irakienne. Elle devient d’ores et déjà mondiale car ce qui est maintenant en jeu dans cet échec de Georges Bush, dans cette incapacité des Etats-Unis à maintenir un minimum d’ordre dans un pays de 22 millions d’habitants, à rouvrir les écoles, remettre en service les centrales électriques et assurer la distribution d’eau, ce n’est déjà plus seulement l’avenir d’un grand Etat du Proche-Orient, de ce poumon des économies mondiales. La stabilité de cette région est compromise, c’est grave, très grave, mais ce n’est pas le plus grave. Le plus inquiétant dans cette crise est que les Etats-Unis sont en train d’y laisser leur crédibilité, celle de la plus puissante des démocraties, de la seule force militaire aujourd’hui capable de se projeter aux quatre coins de la planète, du seul gendarme du monde. Chaque attentat, chaque nouvelle journée d’impuissance américaine, érodent la peur qu’inspire l’Amérique et il n’y aurait aucune raison de s’en réjouir. Non seulement la nébuleuse terroriste trouve là l’occasion d’un rebond, non seulement elle recrute à nouveau et panse les blessures que lui avait infligées la traque internationale lancée après le 11 septembre, non seulement le terrorisme repart à la hausse et retrouve, en Irak, la base qu’il avait perdue en Afghanistan, mais d’autres dangers apparaissent, plus grands encore. La plus abominable des dictatures existantes, la Corée du Nord, se dote aujourd’hui d’armes atomiques, s’en vante et le laisse voir dans le but avoué d’exercer un chantage sur l’Amérique et le monde. Les Nord-coréens veulent tout simplement monnayer l’arrêt de leurs programmes nucléaires contre une aide économique massive et la garantie de survie de leur régime. Ils exigent une assurance vie en échange de leurs bombes, et ne tiendraient certainement pas la dragée aussi haute à l’Amérique et l’Asie si les Etats-Unis n’étaient pas aussi empêtrés qu’ils le sont à Bagdad. Beaucoup moins imprévisible mais tout de même, l’Iran des ayatollahs bénéficie tout autant de l’aventure irakienne. Ce pays également est tenté par la bombe, en est encore loin mais progresse sur cette voie, et lui aussi se voit maintenant en situation de résister aux pressions internationales, de faire comprendre que la bombe ne lui est pas indispensable mais qu’il n’aurait aucune raison d’y renoncer sans contreparties, économiques et politiques. Cela fait déjà beaucoup mais c’est encore au Pakistan que les choses pourraient le plus mal tourner. Dans ce pays qui a la bombe, une bombe opérationnelle, le général Musharraf, le chef de l’Etat, est en butte à l’opposition des services secrets et de militaires qui lui reprochent d’avoir lâché les Talibans et entretiennent des liens étroits avec la mouvance islamiste. Pervez Musharaff ne tient que grâce au soutien des Etats-Unis mais plus leur crédibilité s’effritera plus il en sera fragilisé. Le Pakistan est le point le plus chaud du monde mais l’Amérique a, désormais, la tête ailleurs.

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