Une vérité peut n’être que la moitié de la vérité. Quand Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, assure que le « terrorisme international » est à l’origine de cette prise d’otage, en Ossétie du Nord, d’une école entière, trois cents personnes dont quelques centre trente enfants, quand il accuse les islamistes d’être également responsables des deux attentats qui ont ensanglanté son pays ces derniers jours, il n’a pas tort. Il y a longtemps, c’est vrai, que les réseaux islamistes ont pris pied en Tchétchénie, qu’ils y jouent un rôle majeur dans les combats contre l’armée russe, les coups de main et les attentats, ceux de Groznyï comme ceux de Moscou, mais ce fait en cache un autre. L’autre partie de la vérité est que rien de tout cela n’aurait été possible sans le cynisme et la cécité de la politique russe, de Boris Eltsine et de Vladimir Poutine aujourd’hui. Quand l’URSS existait encore et qu’il voulait devenir calife à la place de Mikhaïl Gorbatchev, Boris Eltsine attisait tous les nationalismes pour s’attirer des partisans, créer l’anarchie et parvenir à ses fins. « Prenez le plus d’autonomie possible ! », avait-il alors publiquement lancé aux peuples soviétiques et les Tchétchènes ne se l’étaient pas fait dire deux fois. Rêvant d’indépendance depuis leur annexion par les Tsars il y a un siècle et demi, ils avaient pris Eltsine aux mots, l’avaient soutenu politiquement et financièrement et, bientôt, proclamé leur sécession avant de voir ce même Boris Eltsine, devenu maître du Kremlin, envoyer des chars les mettre au pas. Après des mois de batailles, des milliers de morts et des destructions sans nombre, la première guerre de Tchétchénie s’était soldée par un compromis provisoire qui ne résolvait rien. Chacun savait que les combats reprendraient. C’est alors que les premiers volontaires islamistes, venus de l’Afghanistan des Taliban, ont commencé à s’infiltrer dans les rangs tchétchènes. Ils s’y sont imposés par leur audace et leur fanatisme et quand Boris Eltsine, trop compromis par la corruption, s’est choisi un successeur de confiance en la personne de Vladimir Poutine, l’actuel Président n’a rien trouvé de mieux pour se rendre populaire que de relancer cette guerre. C’était électoralement habile. Humiliés par la réduction de leurs frontières et leur perte de statut international, les Russes voulaient ne plus céder un seul pouce de territoires et voir briser la rébellion tchétchène. C’est ainsi que Vladimir Poutine est triomphalement entré au Kremlin mais, sous-payée, démoralisée, engagée dans une guerre sans fin, son armée s’est si sauvagement conduit en Tchétchénie, y a si bien torturé, violé, rançonné, qu’une part importante de la population, celle qui continue de résister, a basculé dans l’islamisme. En se retirant aujourd’hui de Tchétchénie, en s’inclinant devant le terrorisme, la Russie lui offrirait, au cœur du Caucase, un nouveau bastion, un Afghanistan de rechange, mais elle ne résoudra rien non plus à vouloir s’y imposer en truquant des élections à la force des baïonnettes. Dramatique, cette crise est devenue presque insoluble mais à qui la faute ?

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