« Naissance d’une nation » serait trop dire. On n’en est bien sûr pas là mais, pourtant, que s’est-il passé, hier, à ce Conseil européen de Bruxelles, réuni en session extraordinaire pour décider des suites à donner à la crise géorgienne ? En une poignée d’heures, en un temps record pour une réunion de 27 chefs d’Etat et de gouvernements, l’Union est parvenue à une position commune, claire et intelligente. « La balle est dans votre camp », a-t-elle dit en substance aux Russes en expliquant, par la voix de son président, Nicolas Sarkozy, que l’Union européenne ne voulait pas de conflit avec son grand voisin, l’autre puissance du continent, mais qu’elle ne pourrait pas, quelque regret qu’elle en ait, poursuivre et développer ses relations avec la Russie tant que Moscou ne respecterait pas les termes du compromis signé avec la Géorgie. L’Union a, en conséquence, « reporté » – non pas annulé mais en quelque sorte suspendu – les rendez-vous pris avec la Russie en vue de la négociation d’un partenariat renforcé, dans les domaines économique, énergétique et politique. Elle a signifié, par là, qu’elle n’était pas prête à sacrifier ses principes à ses intérêts immédiats, qu’elle ne se laissait pas intimider et ne prendrait pas son parti d’un fait accompli. Elle a montré la fermeté nécessaire mais annoncé, en même temps, que les présidents de la Commission et du Conseil européens, José Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy, se rendraient lundi prochain à Moscou et Tbilissi, pour tenter d’éviter que l’impasse ne se transforme en vraie crise. Elle a, autrement dit, laissé la porte ouverte au dialogue et à la Raison, le temps de voir s’ils pouvaient prévaloir à Moscou, et un consensus s’est rapidement trouvé sur cette double approche, détermination et main tendue. Il a été d’autant plus facile à atteindre que, quelles que soient les craintes qu’ils nourrissent sur une renaissance d’un impérialisme russe, les pays sortis du bloc ou de l’Union soviétiques s’étaient ralliés à cette position dès le week-end car ils ont, comme tous les Européens, besoin de définir un équilibre avec Moscou et qu’il était, parallèlement, évident que l’Amérique, au milieu de tous ses embarras, n’était pas en position de peser sur la Russie alors que sa collaboration lui est, de surcroît, nécessaire sur les dossiers internationaux les plus chauds. « Naissance d’une nation » serait, évidemment, trop dire mais le fait est que l’Europe – c’est une première – était et reste seule dans cette crise et qu’elle a su voir que, bien au-delà de ses différences, son unité était primordiale et ses intérêts communs. A chaud, face à un enjeu redoutable, elle a su serrer les rangs, se montrer à la hauteur, et c’est ainsi que les nations se forgent. La suite n’est pas écrite mais la chancelière allemande, Angela Merkel, a indiqué, à l’issue du Conseil, que la Russie avait maintenant promis, dans les dernières conversations entre chefs d’Etat, qu’elle se retirerait sur ses positions antérieures au conflit. Le pire n’est pas encore certain. Un difficile processus s’est peut-être amorcé.

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