On le dit en difficultés, et il l’est en effet. Son taux de popularité a dangereusement décliné. Les élections parlementaires de novembre risquent fort de le priver de sa majorité au Congrès. La deuxième partie de son mandat ne sera pas une partie de plaisir pour Barack Obama mais, à bien lire son dernier discours, cet homme sait où il va. Il veut désormais s’atteler à « reconstruire » son pays – « rebuilt », « reconstruire », était son mot, employé dès sa première phrase – et rompre, pour cela, avec une parenthèse qui n’était pas seulement celle de cette guerre. « L’une des leçons de notre effort en Irak, a-t-il dit mardi soir en confirmant le désengagement des Etats-Unis, est que l’influence de l’Amérique dans le monde n’est pas fonction de la seule force militaire » mais aussi de sa diplomatie, de son exemplarité et de sa solidité économique. « Notre influence extérieure, a-t-il enchaîné, doit être fermement ancrée dans notre prospérité intérieure et, dans la dernière décennie, nous n’avons malheureusement pas fait ce qu’il fallait pour consolider les fondations de notre prospérité nationale ». Ce qu’a dit, là, Barack Obama, est que le plus grave problème posé par la guerre d’Irak n’était pas les illusions, les erreurs, les mensonges sur lesquels elle avait été menée et sur lesquels il n’est pas revenu mais l’argent qu’elle avait coûté – souvent emprunté à l’étranger, a-t-il souligné – et qui a creusé les déficits et manqué aux investissements que l’Amérique aurait dû faire pour se moderniser, conserver sa compétitivité, créer des emplois et faire face aux défis de la mondialisation. Par ce discours, Barack Obama a voulu construire un consensus sur un consensus, dire à l’Amérique qu’il ne la sortait pas seulement du bourbier irakien pour mettre fin à une guerre dont elle ne voulait plus mais également, surtout, pour lui redonner les moyens financiers de répondre à sa principale angoisse, cette dégradation de l’économie qui a détourné de lui tellement de ceux qui l’avaient élu. Il y a, là, un homme politique, qui tente de regagner la faveur des électeurs en rappelant les responsabilités de son prédécesseur mais ce président en mauvaise posture est aussi un homme d’Etat, conscient du déclin de son pays, décidé à le combattre et voulant mobiliser l’Amérique dans une nouvelle bataille, non pas militaire mais économique. Sur ce terrain-là, il sait qu’il aura le soutien de l’opinion, que personne ne pourra lui dire qu’il n’œuvre pas pour le bien commun, et que les Républicains, majoritaires ou pas au Congrès, auront du mal à le contrecarrer. Après avoir consacré la première partie de son mandat à honorer une promesse sociale, la réforme de la couverture médicale, et à terminer une guerre qu’il avait dite « idiote » et qui l’était, Barack Obama se tourne ainsi vers le long terme, vers une œuvre de reconstruction industrielle et de lutte contre le chômage qui passe, a-t-il dit, par un soutien aux entreprises innovantes, la réduction de la dépendance aux importations pétrolières et un effort d’éducation et de formation professionnelle. Ce sera long, difficile mais l’Amérique n’aime rien tant que ces nouvelles frontières autour desquelles s’est faite son histoire.

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