Nul ne sait encore comment se passera l’après Kadhafi. Entre optimistes et pessimistes, le débat est vif mais, pour l’heure, la Conférence internationale sur la Libye a rempli ses objectifs. Réunie hier à Paris à l’invitation de la France et de la Grande-Bretagne, elle a acté le déblocage de 15 milliards de dollars d’avoirs libyens gelés par l’Onu alors même que plusieurs pays refusaient il y a trois jours encore que ces fonds soient dégelés tant que les opérations militaires de soutien aux insurgés n’auraient pas cessé. Non seulement la nouvelle Libye pourra ainsi disposer de sommes dont elle avait un urgent besoin pour organiser un retour à la normale mais – second résultat de cette Conférence – le CNT, le Conseil national de transition qui tient lieu de nouveau pouvoir, a encore élargi son assise internationale en se faisant reconnaître par la Russie et, de fait, par l’Algérie, présente hier à Paris.

Les deux conditions sine qua non d’une stabilisation ont été remplies mais les points d’interrogation n’en demeurent pas moins grands. Le premier est qu’il n’y a ni personnalité, ni courant politique, ni région qui soient aujourd’hui assez fort pour s’imposer aux commandes du pays. Composé de caciques de l’ancien régime ralliés à l’opposition depuis le printemps et de figures de la société civile entrées en résistance dès le soulèvement de Benghazi, le CNT a pour lui d’être l’interlocuteur des pays étrangers et, notamment, de la France. Il a une légitimité historique et morale mais outre qu’il n’est pas élu et que beaucoup de Libyens ne se reconnaissent pas en lui, ce n’est pas lui qui contrôle le terrain.

Sur le terrain, les vrais patrons sont les volontaires qui ont défait les troupes loyalistes et tiennent aujourd’hui les villes et régions qu’ils ont libérées. La plupart d’entre eux n’ont ni expérience ni ambition politiques et les seuls qui soient organisés sont des islamistes, sortis de la clandestinité depuis février. Tout cela est d’autant moins rassurant que des armes circulent partout, que l’unité de ce pays a toujours été fragile, que les revenus pétroliers de la Libye ont tout pour susciter des appétits rivaux et que le désert libyen, très difficile à contrôler, pourrait aisément passer aux mains d’islamistes liés à al Qaëda.

Les pessimistes ont raison de dire que rien, vraiment rien, n’est joué mais le chaos n’est pourtant pas du tout inéluctable. Signe encourageant, la nouvelle Libye a su éviter les débordements puisque la chute de Kadhafi n’a pas été suivie de pillages ou de représailles massives contre ses partisans. Les islamistes propulsés sur le devant de la scène ne sont pas des terroristes assoiffés de guerre contre l’Occident qui bénéficie au contraire, et notamment la France, d’une gratitude et d’une sympathie générales. Personne ne veut répéter les erreurs commises par les Américains en Irak lorsqu’ils avaient mis à l’écart les fonctionnaires et les cadres des forces de sécurité. L’idée est au contraire de les intégrer pour s’appuyer sur eux et ne pas s’en faire des ennemis. Les institutions régionales vers lesquelles on paraît s’orienter pourraient permettre d’organiser un partage des pouvoirs et d’éviter d’avoir à construire un Etat centralisé. Il y a enfin assez de pétrole pour que chacun puisse en avoir sa part dans ce pays de moins de 8 millions d’habitants. Le pire n’est pas certain.

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