Ce n’est pas facile mais tentons d’y voir clair. Pour l’heure, le Parlement britannique s’est ridiculisé, Barack Obama semble plus Hamlet que président, François Hollande est humilié et le régime syrien plastronne, moquant ce qu’il n’appelle pas à tort la « reculade » américaine.

Le parlement britannique, premier point, ne s’est pas grandi en ayant réussi, à dix ans d’écart exactement, à approuver la participation de la Grande-Bretagne à l’aberration qu’était la guerre d’Irak et à refuser, maintenant, au nom de cette erreur passée, de laisser Londres s’engager dans une opération militaire limitée et à tous points de vue nécessaire. Ce n’est pas précisément à sa gloire mais le plus grave est que c’est son vote qui a finalement décidé Barack Obama à se hâter lentement et attendre le feu vert du Congrès, pas avant dix jours, alors même que rien ne l’obligeait, constitutionnellement parlant, à le demander.

Barack Obama, deuxième point, apparaît aussi hésitant et indécis qu’on le dit depuis longtemps, de gauche et de droite, à Washington et se comporte plus en ce qu’il est qu’en ce qu’il devrait être, en intellectuel plutôt qu’en homme d’Etat, en observateur du monde et non pas en acteur de la scène internationale. C’est embêtant pour les Etats-Unis et pour lui-même mais ça l’est encore plus, troisième point, pour François Hollande qui se voit désormais obligé – il ne peut rien faire d’autre – d’attendre de voir si les Républicains majoritaires à la Chambre préféreront leurs intérêts électoraux à la Raison d’Etat, mettront le président démocrate en minorité ou lui donneront le mandat qu’il demande.

Après avoir activement appelé le monde à ne pas accepter l’inacceptable en ne réagissant pas à l’emploi d’armes chimiques par le régime de Bagdad, après avoir ainsi honoré la France, François Hollande est réduit à un rôle de figurant et l’assassin de Damas, Bachar al-Assad, peut sabler le champagne, quatrième point, car le flottement nourrit le flottement et qu’il pourrait, désormais, ne pas avoir à payer le prix du plus abominable de ses crimes.

Le constat est accablant. Malgré toute leur puissance et malgré leur indignation, les grandes démocraties paraissent aujourd’hui craindre un dictateur dont les moyens ne sont pourtant pas immenses et se coucher devant lui. Au moment même où les démocraties auraient toutes les raisons, morales et stratégiques, de recourir à la force, elles paraissent abdiquer toute volonté politique au motif qu’elles n’en ont pas toujours, et loin de là, fait bon usage.

Alors ? Il serait tragique qu’on en reste là mais il n’est pas déjà sûr que la messe soit dite. Il est aussi possible que Barack Obama ait reculé pour mieux sauter, qu’il n’ait pas voulu mener cette opération sans au moins avoir le soutien du Congrès et qu’en plaçant les Républicains devant leurs responsabilités, il puisse obtenir, au bout du compte, le soutien d’assez d’entre eux pour pouvoir agir avec un mandat de sa représentation nationale. C’est un pari. A voir le comportement de l’opposition travailliste en Grande-Bretagne, il est formidablement risqué mais il n’est pas, en tout cas pas déjà, perdu d’avance.

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