Il n’y aura pas, non, de troisième guerre mondiale, pas de guerre entre la Fédération de Russie et l’Alliance atlantique. Il n’y en aura pas car ni les Etats-Unis ni l’Union européenne, pas une seule des capitales européennes, pas même celles des pays sortis de l’orbite soviétique comme la Pologne ou les Pays baltes, ne souhaitent opposer la force des armes aux incursions russes en Ukraine. Face à Vladimir Poutine et à ses surenchères permanentes, les Occidentaux savent raison garder mais cette crise n’en est pas moins toujours plus inquiétante pour trois raisons. La première est qu’elle remet à un futur indéfini ce qui aurait été depuis longtemps souhaitable et le demeure, cet accord de coopération et de sécurité entre ces deux piliers du continent européen que sont l’Union et la Fédération de Russie – cette complémentarité organisée et mutuellement bénéfique qui permettrait d’échanger les matières premières dont la Russie est si riche contre les investissements massifs dont ce pays aurait tant besoin pour se moderniser, s’industrialiser et sortir d’un archaïsme économique qui le fait entièrement dépendre des cours du gaz et du pétrole. La deuxième est que la facilité avec laquelle Vladimir Poutine marque des points en Ukraine enivre le Kremlin, le conduit à pousser son avantage en Ukraine orientale, à vouloir scinder l’Ukraine après lui avoir arraché la Crimée, et pourrait bientôt l’amener à entreprendre de remettre la main sur d’autres pays sortis de l’URSS. Menée par un président qui rêve de reconstituer l’empire des tsars, la Russie se perd dans une fuite en avant qui va toujours plus l’isoler du monde occidental, ruiner son économie, abaisser son niveau de vie et la mettre à la merci de la Chine dont, à bas bruit, les commerçants et la main-d’œuvre colonisent déjà la Sibérie depuis de nombreuses années. La troisième raison pour laquelle cette crise est si préoccupante est que l’Ukraine n’est pas prête à se rendre sans combattre, que son ministre de la Défense a raison de prédire une effroyable guerre dont les victimes se compteront par dizaines de milliers et que la timidité dont font preuve les grandes démocraties va affaiblir les démocrates ukrainiens au profit d’une extrême-droite aujourd’hui marginale, exactement comme le refus des Etats-Unis de frapper le régime syrien a laissé le champ libre aux fanatiques de l’Etat islamique. La guerre mondiale ne menace pas mais ce qui se crée en Ukraine est tout sauf rose. C’est un épouvantable gâchis qui s’annonce, si terrible, sanglant et stupide qu’on hésite à dire qu’il a pourtant deux aspects positifs puisqu’il finira par détourner les Russes du mauvais berger qu’est leur président et resserre déjà les rangs de l’Union européenne qui réalise là qu’elle a des intérêts communs à défendre, des intérêts de sécurité requérant plus d’unité politique.

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