C’est un grand reflux dont la destitution, avant-hier, de la présidente brésilienne n’est que le dernier signe en date.

Au Brésil, le Parti des travailleurs, celui de Dilma Roussef et de Lula, vient d’être évincé du pouvoir après 13 années passées aux commandes mais c’est dans toute l’Amérique latine que les gauches sont désormais mal en point.

En novembre dernier, c’est un libéral, Mauricio Macri, qui a remporté les élections et succédé à la gauche de Nestor puis Cristina Kirchner. En Bolivie, Evo Morales a perdu le référendum qui lui aurait permis de briguer un quatrième mandat. En Equateur, Rafael Correa a dû, lui, renoncer à se représenter pour un troisième mandat tant ses chances de l’obtenir semblaient minces.

La gauche vénézuélienne perd pied dans un indescriptible chaos - un million de manifestants , hier, dans les rues de Caracas - car elle refuse de se retirer malgré l’impopularité qui est maintenant sienne. Il n’y a aujourd’hui plus, en un mot, que huit pays d’Amérique latine à être gouvernés à gauche alors qu’ils étaient quinze à l’être à la fin des années 90, au sommet de ce qui avait constitué une vague rose sur le sous-continent. C’est un complet retournement…

… Et à quoi tient-il ?

A trois choses, l’effondrement du cours des matières premières, l’usure du pouvoir et la démocratie, l’alternance démocratique.

Dilma Roussef n’a pas tort de qualifier sa destitution de coup d’Etat parlementaire car le maquillage des comptes publics qui lui a été reproché est une notion éminemment subjective. Tout comme pour le bilan d’une entreprise, il y a diverses manières de lire et présenter les comptes d’une nation. C’est sujet à polémiques dans tous les pays du monde mais le législatif brésilien n’aurait jamais osé aller jusqu’à cette destitution du chef de l’Etat si son parti et elle-même n’avaient pas tant perdu de leur aura.

Le Parti des travailleurs avait sorti des dizaines de millions de Brésiliens de la pauvreté et accompagné un spectaculaire boom économique. Sous sa conduite, le Brésil avait rejoint le groupe des pays émergents mais le recul de l’économie chinoise et de la demande en matières premières ont frappé l’économie brésilienne de plein fouet au moment même où se multipliaient les révélations sur l’implication de dirigeants du parti de Lula dans des scandales de corruption.

Le cocktail était mortifère. C’est lui qui a tué Dilma Roussef et, l’un dans l’autre, il en va de même dans tous les pays latino-américains qui étaient gouvernés par la gauche. Il n’y a pas eu de problèmes de corruption partout, mais, partout, la baisse des ressources publiques consécutives au recul de la demande chinoise a conduit les électeurs à chercher d’autres solutions que celles de gauches qui, en dix ans de pouvoir ou plus, avaient surtout, et avec succès, tablé sur la redistribution.

Après la politique de la demande, c’est la politique de l’offre, le soutien à l’industrie, qui est à l’ordre du jour. France en tête, l’Europe connait ce débat. En Amérique latine, l’heure est à la droite mais la grande nouveauté est que ces droites sont désormais démocratiques et non plus liées à des armées putschistes.

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