Après s’être impliqué dans la crise politique libanaise, le Président français se rend aujourd’hui en Irak dans un autre contexte, pour relancer la diplomatie d’influence française au Moyen Orient dans un pays coincé entre Washington et Téhéran.

L’Irak est en proie depuis des mois à des protestations de la jeunesse contre l’incurie des autorités, ici en août à Bassorah.
L’Irak est en proie depuis des mois à des protestations de la jeunesse contre l’incurie des autorités, ici en août à Bassorah. © AFP / Hussein FALEH / AFP

Emmanuel Macron quitte un pays en colère -le Liban-, pour un autre pays en colère - l’Irak. Mais s’il s’est lui-même placé au centre du jeu politique au Liban -l’histoire de la France dans ce pays et l’accueil de la population le lui permettent-, il en va autrement à Bagdad.

Mais bien plus qu’au Liban, la brève visite du Président en Irak aujourd’hui permet de comprendre la stratégie française dans ce Moyen Orient compliqué, en pleine recomposition. Car l’Irak se trouve au cœur de ces transformations stratégiques, pris en étau entre l’influence iranienne croissante, et le poids d’une Amérique dont l’invasion en 2003 a déclenché de sanglantes convulsions, et dont se désintéresse désormais Donald Trump.

La colère de la jeunesse en Irak a des points communs avec celle du Liban : marre de la corruption, de la gabegie, d’un horizon bouché, et, comme à Beyrouth, assez des divisions confessionnelles et ethniques pesantes. Mais le contexte est différent, dans un pays frontalier de puissances ambitieuses, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie ; et toujours confronté à la menace de l’État islamique.

La France s’offre en contrepoids, ou au moins en « ami » moins encombrant que l’Amérique. Et elle a quelques atouts qui lui permettent de répondre à une attente, et de reprendre progressivement pied dans un pays où elle était autrefois très présente – du temps de la dictature de Saddam Hussein, ventes d’armes, exploitation pétrolière et corruption étaient au rendez-vous.

Après avoir refusé de participer à l’invasion américaine, la France a effectué un retour progressif, d’une part grâce à ses amitiés historiques du côté des Kurdes du nord irakien, mais aussi en prenant une part active à la lutte contre Daech. Aujourd’hui, le gouvernement irakien est demandeur de liens plus forts avec la France, et pas seulement au profit des minorités ethniques et religieuses.

C’est ce que vient affirmer à Bagdad Emmanuel Macron, qui a choisi l’Irak pour marquer un « retour » de la France au Moyen Orient, au-delà du Liban, le seul pays où elle compte vraiment aujourd’hui, après être, comme on dit, « sortie du jeu ».

Aujourd’hui, l’enjeu est double. Pour la France, il s’agit de renouer avec une diplomatie d’influence dans une région dont les soubresauts ont des conséquences jusqu’au cœur de l’Europe. Et pour un pays comme l’Irak, il s’agit de trouver des appuis pour échapper à la confrontation américano-iranienne, y compris sur son territoire. Et l’Europe, malgré tout, reste l’un des seuls pôles d’équilibre dans le monde actuel, qui parle à tout le monde y compris Téhéran.

Mais il y a comme toujours une ambiguïté dans cette diplomatie d’influence française, surtout quand elle se lie les mains par des ventes d’armes employées dans la sale guerre du Yémen, ou s’engage imprudemment dans la guerre civile libyenne. 

La France a tout à gagner à être une puissance d’équilibre au moment où les rapports de force se redéfinissent brutalement au Moyen Orient et ailleurs. Ca passe par une clarification de ses objectifs, et une plus grande transparence sur les méthodes.

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