Il y a, toujours, une lumière au bout du tunnel. Quand on ne la perçoit pas encore, il faut dire dans quelle direction marcher, la chercher, car il ne sert à rien de s’asseoir et pleurer mais, là, que dire ? Qu’espérer ? On peut, on doit souligner, car c’est la vérité et que c’est important, que l’Europe a des chances de finalement sortir renforcée de cette épreuve. Londres, Paris, Rome, Berlin, toutes les capitales européennes sans exception veulent œuvrer aujourd’hui à ce que l’après-guerre soit confié aux Nations-Unies. L’Europe refuse que l’Amérique s’arroge demain, sa victoire assurée, un mandat sur l’Irak car ce serait alors la fin, tant souhaitée par Donald Rumsfeld et la droite républicaine, non seulement de l’Onu mais aussi de toute idée de loi et de concertation internationales. Plus encourageant encore, on croit bien sentir que les faucons n’ont plus le vent en poupe à Washington, que Colin Powell et le Département d’Etat reprennent du poil de la bête car la guerre éclair que le Pentagone avait promise à la Maison-Blanche n’est plus qu’un souvenir, remisé au magasin des grandes erreurs historiques. Tant mieux. Tant mieux pour l’avenir, mais que pèsent aujourd’hui ces évolutions américaines et européennes au regard des nouvelles de cette guerre ? Les nouvelles, c’est la multiplication du nombre des victimes civiles car il n’y a pas de bombardements propres, sans innocents déchiquetés, et que les soldats américains, surtout, qui n’ont aucune idée de ce qu’est une guerre urbaine, qui ont peur depuis qu’ils ont réalisé que l’hostilité à l’envahisseur l’emportait sur la haine de Saddam, commencent à avoir la gâchette nettement trop rapide. L’armée britannique s’en plaint. Elle l’a fait savoir car elle craint que ces morts ne finissent vite par dresser toute la population contre l’intervention anglo-saxonne et que la guerre, mais aussi l’après-guerre, en soient sérieusement compliqués. Ces craintes sont évidemment justifiées. Militairement parlant, les Etats-Unis l’emporteront mais ils ne libéreront pas l’Irak. Ils devront l’occuper, réprimer, et cela au cœur d’un monde arabe qui, jour après jour, voit défiler dans sa presse et sur ses écrans d’insoutenables photos d’enfants amputés et de familles entières tassées dans des cercueils - trois gosses d’un coup sur un cliché qui sème la rage. Le climat est tel dans le monde arabe que le souverain jordanien, le plus fidèle allié des Etats-Unis dans la région, vient de qualifier cette guerre d’« invasion » et de déclarer publiquement qu’il avait refusé d’ouvrir son espace aérien aux avions américains. Abdallah II n’avait pas d’autre choix que de se démarquer de Washington et, une petite phrase après l’autre, toutes les capitales arabes en font autant. Or on n’a encore rien vu. Si Saddam continue d’échapper aux frappes qui le visent, les Américains devront prendre d’assaut Bagdad. Cette bataille et ses conséquences politiques seront si terribles qu’on ne voit pas, aujourd’hui, de lumière au bout du tunnel. L’arrêt des combats serait la victoire de Saddam. Dans leur poursuite, c’est la haine qui triomphe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.