L’immigration a beaucoup plus d’avocats aux Etats-Unis qu’en France ou dans le reste de l’Europe. Le 25 mars dernier, un demi million de manifestants étaient descendus dans les rues de Los Angeles pour protester contre un projet de loi de la Chambre des Représentants qui criminaliserait les sans-papiers. De nouvelles manifestations ont eu lieu hier dans plusieurs villes américaines, notamment à New York où un cortège de plus de 10 000 personnes a traversé tout Manhattan sous des banderoles proclamant « Nous sommes votre économie », « Qui s’attaque à l’immigration, s’attaque à l’Amérique » ou encore « Nous sommes des travailleurs, pas des terroristes ». A côté de ces rassemblements, les quelques milliers de personnes réunies Place de la République, hier aussi, pour dénoncer le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur « l’immigration choisie » faisaient bien pâle figure mais les termes du débat sont radicalement différents en Europe et en Amérique. En Europe, en France comme dans le reste de l’Union, seuls de petits courants de la gauche se mobilisent encore pour les sans-papiers. Avec la persistance du chômage de masse et les malaises que suscite l’Islam depuis le développement de l’islamisme, l’immigration est désormais largement rejetée dans le vieux monde alors qu’aux Etats-Unis l’agriculture et les industries de service militent activement en faveur de son maintien et de la tolérance pour les illégaux. Globalement parlant, les organisations patronales américaines estiment que les immigrés ne font que du bien à l’économie en se chargeant de tâches que les Américains ne veulent pas effectuer ou en tout cas pas aux salaires que les clandestins sont, eux, trop heureux d’accepter. Avec le poids des milieux d’affaires sur l’administration Bush, cela change évidemment les données du problème et cela d’autant plus que deux autres raisons de taille confortent la réticence de la Maison-Blanche à s’attaquer à l’immigration. Quelque 8%, d’abord, des électeurs américains en sont directement issus, se sentent solidaires des sans-papiers et tendent de plus en plus à voter à droite car les Hispaniques, comme on dit là-bas, convergent avec les Républicains dans l’hostilité à la libéralisation des mœurs, avortement ou mariage homosexuel. Ces voix ne sont certainement pas à dédaigner pour la droite et, Mexique en tête, les gouvernements d’Amérique latine et centrale font, en second lieu, valoir à Washington que l’adoption de lois contre l’immigration les mettraient en difficultés en favorisant la gauche dans leurs pays. Parfaitement fondé, l’argument ne laisse pas non plus Georges Bush indifférent mais ses amis et lui doivent en même temps compter avec la base républicaine, d’autant plus hostile à ces immigrés qu’ils sont catholiques et menacent la prééminence du protestantisme aux Etats-Unis. A l’approche des élections de novembre, la Maison-Blanche doit ménager la chèvre et le chou et c’est pour cela que les sénateurs, contrairement aux Représentants, planchent, eux, sur un projet qui murerait la frontière mexicaine tout en prévoyant une régularisation des illégaux et la création d’un statut de « travailleur invité ». Chaud, très chaud, le débat ne fait que s’ouvrir.

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