Va-t-il accepter sa défaite ? Négocier son retrait ? Ou bien Robert Mugabe, Président du Zimbabwe depuis qu’il l’avait mené à l’indépendance en 1980, tentera-t-il de s’appuyer sur l’armée pour rester au pouvoir, à l’âge de 84 ans, bien qu’il ait perdu, samedi dernier, les élections législatives et que toutes disent qu’il n’a pas non plus remporté les 51% de voix nécessaires pour être, lui-même, réélu dès le premier tour ? Etonnamment calme, le Zimbabwe est suspendu à sa décision mais l’histoire de ce pays est certainement l’une des plus fascinantes de l’Afrique post-coloniale. En 1965, quand il s’appelait encore la Rhodésie, ses colons blancs en avaient unilatéralement proclamé l’indépendance, à leur profit, pour éviter que la Grande-Bretagne ne le fasse à celui de la majorité noire. Cette aventure aurait normalement du se terminer dans le sang mais, grâce à l’habileté britannique et à l’extrême sagesse, surtout, dont Robert Mugabe avait alors fait preuve, un compromis avait été trouvé, au bout de quinze ans. Les grands fermiers, des Blancs, avaient reçu l’assurance que leurs terres ne seraient pas redistribuées mais rachetées au bout de dix ans grâce à des aides de la Grande-Bretagne. Les Blancs avaient cédé le pouvoir aux Noirs, dans l’ordre et sans drames. Fort de sa richesse agricole, le Zimbabwe était devenu un grenier du continent et un modèle d’intelligence politique mais, aujourd’hui, ce pays n’est plus que ruines, ravagé par le chômage, le sida et une inflation de 100 000%. La Grande-Bretagne a renâclé à financer le rachat des fermes blanches. Les combattants de l’indépendance se sont radicalisés et, dans ce climat de tension croissante et de raidissement du régime, un leader syndical, Morgan Tsvangirai, a créé un parti politique, le Mouvement pour le changement démocratique, ce MDC qui vient de remporter les élections et qui se réclamait du nouveau travaillisme, des idées de Tony Blair – libéralisme économique, déréglementation et insertion dans l’économie mondiale. Dès la fin des années 90, le succès du MDC fut si foudroyant dans la population noire et il obtint un tel soutien des fermiers blancs, que Robert Mugabe y répondit par une brutale répression, le trucage des élections et la nationalisation des fermes, leur « repossession » disait-on, qui furent attribuées non pas aux paysans mais aux anciens combattants de la libération devenus apparatchiks du régime. Ces hommes ne savaient pas exploiter ces terres qui devinrent des friches en deux ans. Toute l’économie du pays s’est brutalement écroulée et deux camps s’opposaient depuis, la révolution nationale et socialisante, dépassée par l’évolution internationale, contre la coalition, libérale, des syndicalistes noirs et des fermiers blancs expropriés. C’était une situation sans pareille mais, là, le bourrage des urnes n’a rien pu contre la misère et la colère populaires. Lion hagard et blessé, Mugabe est à bout de souffle et le pays retient le sien.

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