Toujours plus inextricable, la crise s’approfondit au Mali et s’internationalise d’heure en heure. La junte qui a renversé il y a bientôt deux semaines le président Touré car elle lui reprochait de ne pas suffisamment contrer la rébellion touareg est désormais débordée par cette même rébellion qui a pris le contrôle de tout le nord du pays, Tombouctou comprise.

La junte appelle le monde à l’aide alors que le monde a condamné son coup de force et exige son retrait. Elle a rétabli la Constitution qu’elle avait suspendue et promet des élections qui, sans elle, auraient eu lieu à la fin de ce mois. Son avenir est précaire et tout cela ne serait qu’une mauvaise farce si l’une des démocraties africaines les plus stables n’en était pas déstabilisée et si l’anarchie n’en était pas décuplée au Sahel, cette bordure sud du Sahara qui coupe l’Afrique d’est en ouest et dans laquelle s’inscrit le nord du Mali.

Au Sahel se mêlent l’histoire la plus immédiate et la plus ancienne. C’est la terre des Touareg, de cette branche nomade des populations berbères qui peuplaient le nord de l’Afrique avant les conquêtes arabes et y avaient constitué de brillantes civilisations dont le souvenir reste vif. Parce qu’ils ne sont pas sédentaires et ignoraient les frontières dessinées par la colonisation, les Touaregs n’ont pas trouvé leur place dans les Etats postcoloniaux qui n’ont pas su les intégrer. Entre eux et ces Etats, un conflit a toujours couvé, donnant lieu à des révoltes qui se sont amplifiées depuis les années 90.

En beaucoup plus grave, on retrouve là les différences qui opposent Berbères et Arabes dans tout le Maghreb. C’est la part d’histoire ancienne de cette crise à laquelle s’ajoutent les retombées d’événements bien plus récents. Vaincus dans leur pays, les éléments les plus radicaux de l’islamisme algérien ont trouvé refuge dans le Sahel et y ont constitué l’AQMI, al Qaëda au Maghreb islamique, mouvement qui vit d’enlèvements d’Européens qu’il libère contre rançon.

Entre l’AQMI, la révolte touareg et les puissants réseaux du trafic de drogue qui sévissent également dans cette région, le Sahel était devenu une zone de non-droit depuis le début de la dernière décennie et la chute du colonel Kadhafi y a encore aggravé la situation.

Très méfiant, le dictateur libyen s’était doté d’une garde touareg, surarmée et très bien formée. Leur chef mort, ces mercenaires ont quitté la Libye avec leurs armes, sont redescendus vers le Sahel et s’y sont joints aux combattants touaregs, leurs frères, auxquels ils ont apporté leur savoir-faire et leurs équipements. L’armée malienne ne faisait dès lors plus le poids. C’est parce qu’ils n’en pouvaient plus d’accumuler les défaites que ses officiers ont renversé le président Touré et qu’on en est là, à cet indémêlable imbroglio.

La France ne veut pas intervenir directement. Elle laisse le soin d’éventuellement le faire à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, la Cédéao dont le Mali fait partie. Le Conseil de sécurité se réunit aujourd’hui et, en attendant, ces bandes armées du Sahel commencent à se déchirer car elles n’ont à peu près rien en commun.

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