appels à lever rapidement l'embargo sur les armes en syrie
appels à lever rapidement l'embargo sur les armes en syrie © reuters

En dollars, le commerce international des armes pèse 70 milliards par an. Il ne tient pas la première place dans les échanges internationaux mais constitue, bien évidemment, par définition, le plus meurtrier des commerces et l’on se réjouira donc qu’un traité le réglementant, le premier du genre sur les armes conventionnelles, ait été adopté, hier, par l’Assemblée générale de l’Onu.

Il y a fallu des années de négociations. Trois pays, la Syrie, la Corée du Nord et l’Iran, ont voté contre. Vingt-trois se sont abstenus, qu’ils soient exportateurs comme la Chine et la Russie ou importateurs comme l’Egypte, l’Inde, et l’Indonésie, mais 154 autres ont voté pour et, sitôt que 50 d’entre eux l’auront ratifié, ce texte entrera en vigueur, pour ceux du moins qui l’auront signé. Cela signifie que, sous peu, l’écrasante majorité des gouvernements du monde s’obligera à ne pas vendre d’armes, directement ou indirectement, qui contribueraient à la violation d’embargos existants et pourraient être utilisées à commettre des crimes de guerre, bafouer les droits de l’homme ou renforcer le crime organisé.

Non seulement les signataires devront informer un secrétariat des Nations-Unies des mesures qu’ils auront prises pour se conformer à ces règles mais ils devront édicter des lois les rendant contraignantes sur leur sol.

Ce n’est pas rien car une transparence et des obstacles juridiques, des lois et un traité international, vont désormais contrôler et restreindre ce qui était, jusqu’aujourd’hui, la totale liberté de manœuvres des marchands de canons et de leurs intermédiaires de l’ombre. C’est beaucoup car cela signifie que les gouvernements ne pourront désormais plus laisser faire, au nom de l’emploi et de la balance commerciale, tout ce qui ne contrarie pas leur politique étrangère mais n’en fait pas moins couler des flots de sang, celui de peuples écrasés par des dictatures ou de populations prises en otages par des guerres qu’elles n’avaient aucunement souhaitées.

A l’issue de ce vote, Amnesty international s’est aussitôt exclamée : « On y est arrivé ! Le monde avait attendu cela depuis longtemps et nous l’avons maintenant ». Amnesty a raison. Oui, c’est une grand jour, une date dont l’importance est pleinement dite par ces « non » syrien, nord-coréen et iranien, ces « non » de régimes qui martyrisent leurs propres ressortissants et vont voir ainsi renforcés les embargos interdisant de les armer.

Les sceptiques diront, bien sûr, que l’Onu n’a fait que se donner bonne conscience car les traités, rappelleront-ils, sont une chose et la réalité une autre. Ils n’auront pas entièrement tort puisqu’il est improbable que la Chine et la Russie finissent pas signer ce texte et que les filières, surtout, de contournement des réglementations déjà existantes sont si sophistiquées et tellement rodées qu’elles pourront encore longtemps servir. Comme celui de la drogue ou des femmes, le commerce des armes survivra malheureusement à tous les arsenaux juridiques mais ce n’est pas parce que les lois prohibant le crime ne l’ont pas éradiqué qu’il faudrait les tenir pour négligeables. Ce traité est un premier pas, un immense et nécessaire premier pas.

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