Personne ne le sait. Lorsqu’on interroge les responsables occidentaux sur leur perception des intentions de Vladimir Poutine en Ukraine et dans le reste de l’ancien empire russe, la réponse est qu’ils ne savent simplement pas.

Il y a deux hypothèses, entend-on aux Etats-Unis comme en Europe. Dans l’une, disent les responsables militaires et politiques, les manœuvres de l’armée russe à la frontière de l’Ukraine orientale préludent à une très prochaine invasion dont on ne peut pas prévoir jusqu’où elle irait. Dans l’autre, ajoutent-ils, elles n’ont pour objet que de faire pression sur les autorités ukrainiennes afin de les amener à céder, sous la menace, aux deux exigences du Kremlin qui sont la neutralisation et la fédéralisation de leur pays.

Nul ne se hasarde à un pronostic mais force est de constater que l’objectif de Vladimir Poutine est parfaitement clair. Avec ou sans invasion – de préférence, sans doute, sans faire marcher ses troupes – il veut empêcher qu’une Ukraine déjà amputée de la Crimée mais encore unie ne se rapproche de l’Union européenne et, bien sûr, de l’Alliance atlantique.

Il peut y arriver en obtenant de Kiev une inscription de la neutralité de l’Ukraine dans sa Constitution et, pour plus de précautions encore, de sa transformation en une fédération d’Etats indépendants dont, certains à l’Est, ne pourraient alors que refuser un rapprochement avec l’Union. Il peut y arriver, si nécessaire, en prétextant de n’importe quel incident pour décider d’une invasion présentée comme une opération de protection de populations russes. Les deux fers sont au feu, les deux options ouvertes. Le commandant suprême des forces de l’Otan en Europe, le général Breedlove, estime ainsi que les manœuvres des troupes russes sont « extrêmement inquiétantes » et que, si elles recevaient un ordre de marche, elles « pourraient remplir leurs objectifs en trois à cinq jours », créant un corridor reliant la Crimée à la Russie, prenant le port d’Odessa et s’assurant le contrôle de la Transdniestrie, la région pro-russe de la Moldavie.

C’est un scénario parfaitement plausible, face auquel les autorités ukrainiennes tentent de faire la part du feu en proposant une « décentralisation » de leur pays qui donnerait satisfaction aux régions orientales en leur permettant de s’autogérer mais ne leur donnerait en revanche pas le pouvoir de décider de leurs alliances. Cette décentralisation répond évidemment à l’exigence de fédéralisation formulée par Moscou mais, outre la pression militaire, les dirigeants ukrainiens doivent faire face à une pression économique tout aussi redoutable puisque Moscou a déjà augmenté d’un tiers le prix du gaz qu’il livre à l’Ukraine et envisage maintenant de le faire passer à 480 dollars les 1000 mètres cubes, prix que les Ukrainiens ne pourraient pas acquitter tant leur crise économique et profonde.

L’Ukraine est dans l’étau russe, alors même que les Occidentaux n’ont pas plus l’intention de la défendre par les armes que de la prendre en charge en le finançant à 100%. La Russie a les mains libres et la seule chose qui puisse la dissuader d’aller trop loin et qu’elle risquerait alors une complète rupture de ses relations économiques avec l’Occident, un dangereux isolement.

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