Où l'on voit une révolution sociale tourner à la faillite.

Tout au nord du sous-continent, c’est l’un des grands pays d’Amérique latine. Ses réserves pétrolières sont les premières du monde. C’est un pays qui aurait tout pour être prospère et stable mais le Venezuela va de crise en crise, économique et politique, et plonge maintenant dans le chaos et l’inconnu.

La semaine dernière, la Cour suprême retire ses pouvoirs législatifs au Parlement et se les arroge, prive les députés de leur immunité et élargit encore les pouvoirs d’exception qu’elle avait précédemment conférés au chef de l’Etat, Nicolas Maduro. La Cour est aux mains du pouvoir. C’est une sorte de coup d’Etat judiciaire contre le Parlement que l’opposition contrôle depuis plus d’un an et il provoque un tel tollé dans les pays voisins, à l’Onu, en Europe et aux Etats-Unis que, samedi, la Cour se déjuge et annule ses arrêts.

Le pouvoir a reculé mais rien n’est résolu car, depuis 1999, le Venezuela vit une révolution qui avait enthousiasmé sa population avant de la décevoir, puis de l’inquiéter. Cette année-là, Hugo Chavez prend les commandes, par les urnes, et ce militaire, un ancien putschiste chrétien devenu socialiste, se lance dans d’immenses programmes de lutte contre la pauvreté financés par les revenus pétroliers. Des aides et allocations de toute sorte sont accordées aux plus nécessiteux qui bénéficient aussi d’un effort d’éducation d’une rare ampleur. Des entreprises et d’immenses propriétés foncières sont nationalisées. Les terres sont redistribuées et mises à la disposition de coopératives agricoles.

C’est le socialisme – le « bolivarisme », dit-on du nom de Simon Bolivar, le grand libérateur de l’Amérique latine. Parfait. Très bien en tout cas puisque cette redistribution des richesses ne fait que compenser une immémoriale injustice économique et sociale mais le problème est que cette révolution ne se soucie pas d’investir et développer le pays.

Elle tire des chèques sur le pétrole. Elle se sent aussi tellement incarner la Justice qu’elle tend à penser qu’il n’y a pas de liberté pour les ennemis du peuple et, lorsque les cours du pétrole dégringolent, l’économie dévisse avec eux. Chavez meurt. Son successeur, l’actuel président, est loin d’avoir son charisme. Toutes tendances confondues, les oppositions remportent les législatives de 2015 et un permanent bras de fer politique entre le Parlement et le chef de l’Etat s’ajoute à ce qui est maintenant un effondrement économique.

Normalement, Nicolas Maduro devrait être déjà tombé.

Des médicaments à la nourriture, il y a pénurie de tout. L’insécurité est terrifiante. L’inflation pourrait friser les 2000% cette année. Plus de 78% des Vénézuéliens ne veulent plus de ce pouvoir mais, comblée de privilèges, l’armée soutient le président. L’opposition est éclatée et, comme la Cour suprême, les grandes institutions sont aux mains de la révolution bolivarienne.

Ce pouvoir ne fait plus que se survivre à lui-même mais il a la force pour lui et seules le menacent sa division naissante, les pressions internationales et la prochaine présidentielle, en 2018 – en principe.

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