Après un bras de fer entre l’armée et le clan Bouteflika, le président sortant a annoncé sa démission. Se pose la question de l’« après », que l’armée souhaite dans le respect de la constitution actuelle, alors que la rue demande une deuxième république.

La joie des Algériens, mardi 2 avril, à l’annonce de la démission du président Abdelaziz Bouteflika. Les manifestations se succèdent depuis six semaines pour demander son départ.
La joie des Algériens, mardi 2 avril, à l’annonce de la démission du président Abdelaziz Bouteflika. Les manifestations se succèdent depuis six semaines pour demander son départ. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Tout à leur bonheur de voir partir l’homme qui incarnait un pouvoir rejeté, les Algériens sont de nouveau confrontés à la question qui se pose à chaque étape de cette authentique révolution pacifique : stop ou encore ?

Maîtresse du jeu à l’issue d’une lutte de clans qui s’est conclue par la défaite de la famille Bouteflika, l’armée insiste sur le respect de la légitimité constitutionnelle ; c’est-à-dire une continuité du régime. C’est la déclaration sans équivoque hier soir du chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, le visage de l'armée dans la dernière période.

De leur côté, les manifestants des six dernières semaines ne veulent y voir qu’une victoire d’étape sur la route d’un changement de régime, d’une deuxième république. C’est le mot d’ordre qui a progressivement pris la place de la seule demande de départ de Bouteflika. Ce départ est donc, une fois de plus, trop peu, trop tard.

Succession constitutionnelle, ou transition vers une nouvelle république, ce sont deux voies opposées qui s’offrent aux Algériens, dès que le Conseil constitutionnel aura validé le départ de Bouteflika.

La réalité politique est que les manifestants n’entendent pas se voir confisquer leur révolution par l’armée, considérée comme partie intégrante du régime même si, à la 23ème heure, c’est elle qui a fait plier le clan Bouteflika.

Vendredi dernier, pour la première fois, les slogans des manifestants visaient le général Gaïd Salah autant que le reste du régime. Pas sûr qu'il ait retrouvé une certaine légitimité avec sa sortie d’hier mettant fin aux manigances de l’entourage du président ? 

Les décisions et les agissements des dirigeants militaires seront surveillés de près par les Algériens dans les prochains jours, pour savoir si l’armée -et qui dans l'armée- cherche à imposer « sa » solution pour l’après-Bouteflika, ou si elle se contente de servir de « garante » dans un processus politique inédit et ouvert.

Les prochains jours seront donc décisifs, et c’est de nouveau vendredi, jour de manifestation, que chacun pourra prendre la température de la rue. Mais on voit mal comment un mouvement civique qui dure depuis six semaines, qui a su s’organiser par branches, -étudiants, médecins, avocats, etc…- sans récupération par les partis politiques et sans leaders autoproclamés, s’arrêterait à mi-chemin.

La rue acceptera difficilement que les vieux dirigeants issus du sérail d’hier soient les maîtres de l’organisation du pouvoir de demain. 

Cette deuxième révolution algérienne a forcé l’admiration du monde entier par son caractère pacifique, qui a fait exploser la coalition des intérêts cimentant un pouvoir opaque autour d’un président impotent. Elle va devoir se surpasser pour continuer à avancer dans cette nouvelle étape, sans confrontation et sans contradictions. 

Mais personne n’aurait cru que les Algériens parviendraient à chasser Abdelaziz Bouteflika par la seule force du nombre, sans casse ; alors tout est décidément possible dans un pays qui s'est mis en mouvement… 

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