Dix millions de chômeurs en deux semaines aux États-Unis, quatre millions en chômage partiel en France : au-delà des différentes approches, il y a un point commun : le retour du rôle central de l’État. Il ne faudra pas l’oublier après.

“Thank You” disent les citoyens au personnel de l’hôpital Elmhurst de New York, devenue l’épicentre de l’épidémie de coronavirus.
“Thank You” disent les citoyens au personnel de l’hôpital Elmhurst de New York, devenue l’épicentre de l’épidémie de coronavirus. © AFP / STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Dix millions de chômeurs de plus en deux semaines, les États-Unis n’en reviennent pas. C’est vingt fois plus rapide que lors de la crise financière de 2008, et c’est le signe de l’ampleur abyssale des conséquences de cette pandémie qui se déplace de continent en continent.

Mais tout le monde ne fait pas les mêmes choix face à la crise économique et sociale qui surgit au cœur de la pandémie. Affaire d’histoire, de culture, de système politique aussi.

Tandis que les États-Unis voient bondir leur nombre de chômeurs, le New York Times s’intéressait hier à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, et particulièrement en France, où une toute autre approche a été privilégiée. « La France fait un immense pari », écrit le quotidien, en choisissant d’empêcher les entreprises et leurs salariés de couler.

Car si des millions d’Américains ont perdu leur emploi, et le nombre devrait continuer à grimper, la France compte pour sa part quatre millions de salariés au chômage partiel, c’est-à-dire qu’ils restent attachés à leur entreprise ; mais tout ou partie de leur salaire, selon son niveau, est pris en charge par l’État. 

Le calcul français, et dans une large mesure européen, est que de cette manière, l’économie pourra redémarrer plus rapidement une fois l’épidémie passée ; alors que les Américains sont réputés plus flexibles, plus habitués aux vies professionnelles en dents de scie, avec un État moins protecteur.

En apparence, la méthode américaine est plus brutale, et la presse a été surprise par la vitesse avec laquelle les entreprises ont licencié en voyant arriver l’orage. Pour autant, le plan de soutien à 2000 milliards de dollars adopté la semaine dernière par le Congrès a prévu un amortisseur pour ces salariés : il élargit le champs de ceux qui peuvent bénéficier du chômage, ajoute 600 dollars par semaine à leur indemnité. Le gros problème est évidemment la couverture médicale, qui est souvent attachée au contrat de travail, et pas universelle comme en France et dans la majeure partie de l’Europe.

On avait coutume autrefois d’opposer le « capitalisme anglo-saxon », plus tourné vers le risque, au « capitalisme rhénan », influencé par le modèle scandinave ou allemand, plus protecteur. Le libéralisme économique des dernières décennies avait semblé estomper les frontières, avec tous les dégâts collatéraux que l’on connaît.

L’une des conséquences de la crise est incontestablement d’avoir réhabilité le rôle central de l’État, de part et d’autre de l’Atlantique, que ce soit d’ailleurs pour s’en féliciter ou trouver qu’il n’en fait pas assez ; même si, aux États-Unis, c’est largement vécu comme une simple parenthèse.

Ajoutons à ce tableau ce qui se passe en Chine, où c’est le capitalisme d’État qui est à la manœuvre pour relancer l’économie après l’épidémie, et la Russie où Vladimir Poutine a annoncé hier la fermeture des entreprises jusqu’à la fin du mois, en ajoutant d’une phrase lapidaire : « les salaires seront payés ».

Il y a donc un point commun à ces approches pourtant radicalement différentes, c’est le retour de l’État, dont on annonçait le dépérissement face aux forces de la finance ou aux multinationales : il n’a jamais été aussi nécessaire et autant désiré ; il ne faudra pas l’oublier après.

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