Il faut changer les institutions européennes. Il faut maintenant le faire dans l’année qui vient, avant que l’Europe ne s’élargisse à dix nouveaux membres mais hier, à Marseille, devant le public d’étudiants qu’il avait choisi pour exposer ses vues sur l’Europe, Dominique de Villepin s’est montré prudent au point d’en être vague. Pas de propositions concrètes, pas de vrais desiderata, rien qui ressemble à une position sur laquelle la France serait prête à se battre mais une phrase, en revanche, qui dit tout. « L’entente entre la France et l’Allemagne, a dit le ministre des Affaires étrangères, reste la clé des progrès politiques ». Tout est là car si Dominique de Villepin se garde encore d’abattre ses cartes, c’est que la France a choisi de, d’abord, négocier une position commune avec l’Allemagne et de présenter, ensuite, cette position franco-allemande aux treize autres pays de l’Union. La France a fait ce choix car la dernière décennie est venue montrer que lorsque Paris et Berlin ne s’entendent plus non seulement l’Europe n’avance plus mais la France et l’Allemagne reculent aussi, sur la scène internationale comme dans l’Union où la Grande-Bretagne prend alors les premiers rôles. C’est pour cela que, depuis leurs réélections, Gerhard Schröder et Jacques Chirac étaient décidés à relancer la locomotive franco-allemande mais un événement décisif a conforté leur décision. En octobre, à la surpris générale et à la plus grande fureur de Tony Blair, ils se sont soudain mis d’accord sur l’avenir de la Politique agricole commune et, d’un coup, sans même l’ombre d’une discussion, leur compromis est devenu celui des Quinze. Parlant d’une seule voix, la France et l’Allemagne ont aussitôt été suivies et elles ont alors réalisées qu’elles pouvaient façonner l’Europe élargie comme elles avaient fait, hier, la Communauté européenne, se grandir en grandissant l’Europe et que l’Europe, en fait, n’attendait que cela. Et puis il y eut l’Irak en parallèle. Si l’Allemagne, comme la Grande-Bretagne, avait suivi les Etats-Unis sur ce dossier, la France n’aurait pas pu conduire la Maison-Blanche à tenir compte de l’Onu. Si la France, à l’inverse, n’avait pas tenu tête aux Américains, l’Allemagne, elle, n’aurait pas pu exprimer un refus aussi radical de cette guerre. Il y eut, sur l’Irak, une connivence franco-allemande qui a scellé cette volonté d’agir ensemble sur l’Europe, de trouver autrement dit les compromis nécessaires entre l’ambition fédérale des Allemands et la volonté française de réserver les grandes décisions aux Etats existants. Alors on se concerte depuis octobre, point par point, un problème après l’autre, avec pour seule volonté affichée d’aboutir en janvier, pour le quarantième anniversaire du traité de l’Elysée, celui qui avait fondé l’entente franco-allemande. Les arrangements restent à définir. Ce sera dur, ça tire, mais, d’une manière ou d’une autre, la Commission devrait plus clairement procéder, comme le souhaitent les Allemands, du Parlement européen tandis que le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernements devrait se doter, comme le demande la France, d’un Président incarnant l’Union dans le monde. Un doigt de fédéralisme, deux doigts d’Europe-puissance, l’Europe de demain s’esquisse.

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