Il allait tout changer. Sa jeunesse, ses études d’ophtalmologie en Grande-Bretagne, la volonté qu’il avait eue de rester vivre à Londres, tout, disait-on lorsque Bachar al-Assad a succédé à son père, il y a bientôt quatre ans, allait le pousser à métamorphoser la Syrie, la sortir de son système de parti unique et la rapprocher de l’Occident. Il n’en fut rien. Après de grandes annonces, Bachar al-Assad abandonna vite toute velléité de changement mais le voilà qui, soudain, dans une interview au New York Times, tend la main aux Etats-Unis et leur propose, avec un langage étonnamment direct, de contribuer à une stabilisation du Proche-Orient. Le président syrien y met une condition. Il veut que Washington l’aide à rouvrir des négociations avec Israël sur le Golan, à récupérer ce territoire annexé par les Israéliens en décembre 1981 et qu’ils avaient été à deux doigts de restituer à son père au début de l’an 2000. C’est son préalable mais si des pourparlers reprenaient, dit-il, si la Maison-Blanche y poussait, ils pourraient conduire à l’établissement des relations « totales et normales » avec Israël, « des relations, insiste-t-il, équivalentes à celles qui existent entre la Syrie et les Etats-Unis ». Non seulement Bachar al-Assad propose de reconnaître Israël mais il affirme, dans le même souffle, que le problème, pour lui, n’est pas d’avoir des soldats américains à sa frontière - en Irak - mais de savoir « si les Etats-Unis vont créer des troubles dans la région au lieu de contribuer à sa stabilité ». Pour la Syrie, le problème n’est, autrement dit plus que les Etats-Unis occupent l’Irak mais ce qu’ils y font, avec qui, contre qui, avec ou sans les Syriens. Comment expliquer cette ouverture ? Elle tient d’abord au fait que Washington accuse la Syrie de soutenir le terrorisme et que le Congrès a, en conséquence, voté contre elle des sanctions économiques auxquelles il ne manque plus qu’une signature de Georges Bush pour entrer en effet. Bachar al-Assad n’a pas besoin de cela. Les difficultés de son pays en seraient encore aggravées. Il veut empêcher ces sanctions de tomber mais ce n’est pas la seule explication de son retournement. Comme tous les chefs d’Etat de la région, le président syrien craint désormais que l’addition des crises irakienne et palestinienne ne fasse basculer tout le Proche-Orient dans le chaos, n’ébranle les régimes en place et, pire que tout, ne remette en question les frontières établies par les empires britannique et français au lendemain de la première Guerre mondiale. La Syrie veut donc à la fois tenter d’enrayer cette spirale, calmer le jeu, et profiter des difficultés des Etats-Unis pour les amener à s’entendre avec elle et lui permettre, en premier lieu, de rétablir sa souveraineté sur le Golan. Sans doute les Etats-Unis vont-ils se montrer prudents, ne pas se ruer sur cette offre, mais les choses évoluent au Proche-Orient. Les premiers ministres israélien et palestinien cheminent vers une rencontre. Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain, va recevoir, après-demain, les promoteurs de l’Initiative de Genève. La Syrie, maintenant, bouge. Le statu-quo fait peur, à tout le monde.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.