Tout a un prix. Pour mobiliser les soutiens religieux qui l’ont tant aidé à se faire réélire, Georges Bush a fait adopter par le Congrès des crédits de 900 millions de dollars sur cinq ans en faveur de campagnes d’abstinence sexuelle dans les écoles et les collèges américains. Conçus et promus par les églises les plus rigoristes, ces programmes enseignent que le seul moyen d’éviter les grossesses non désirées et les maladies sexuellement transmissibles et de rester vierge jusqu’au mariage et, naturellement, fidèle jusqu’au trépas. C’est un point de vue. S’il n’est pas toujours aisé d’en faire un principe auquel on ne déroge pas, il est aussi cohérent que respectable mais le problème est que les moyens utilisés pour le défendre ne relèvent pas de l’enseignement moral mais du simple mensonge. Sur fonds d’Etat, il est, aujourd’hui, expliqué à des millions d’enfants et adolescents américains de 9 à 18 ans que l’avortement peut conduire au suicide, que l’on peut tomber enceinte en touchant seulement le sexe d’un partenaire ou que la moitié des adolescents homosexuels sont atteints du Sida. Onze des treize manuels utilisés pour ces campagnes dans 24 des Etats américains véhiculent ce genre de fadaises. On y apprend ou, plutôt, on y dit aussi qu’un fœtus de 43 jours est une « personne consciente », que les préservatifs échouent, dans 31% des rapports hétérosexuels, à arrêter la transmission du Sida, maladie que les larmes et la transpiration véhiculeraient également. Loin de se fonder sur les faits, la médecine, la science, ces manuels visent à contrer les campagnes de prévention auxquelles les fondamentalistes reprochent d’inciter à la débauche et ressuscitent les bonnes vieilles méthodes – la masturbation rend sourd etc. – d’enseignement de la honte et de la peur du sexe. Résultat : si les adolescents qui sont amenés à prêter des « serments de virginité » (oui, cela existe) débutent leur vie sexuelle plus tard que les autres, très peu d’entre eux arrivent effectivement vierges au mariage et ils ne savent en revanche rien des précautions à prendre lors de leurs premières expériences. Politiquement et culturellement fractionnée, l’Amérique est un pays double dont certains Etats ont d’ores et déjà autorisé le mariage homosexuel tandis que la majorité républicaine du Congrès finance cet obscurantisme d’un autre âge. « C’est l’Amérique », penseront beaucoup d’Européens mais est-il si sûr que l’Europe soit à l’abri de ce retour de bâton que les décennies de la libération sexuelle suscitent aux Etats-Unis ? L’un des ces manuels d’abstinence raconte aux enfants américains l’histoire d’un prince qui avait épousé une paysanne au lieu de sa noble promise qui lui donnait trop de conseils sur la manière de terrasser un dragon. Morale de l’histoire, dit le manuel : « On peut, par trop de conseils, réduire la confiance d’un homme en lui-même et même le détourner de sa princesse ». C’est à peine plus caricatural que ce pense et dit M. Buttiglione, l’homme que le Parlement de Strasbourg a eu tant de mal à empêcher, le mois dernier, de devenir Commissaire européen.

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