Les fraudes n’expliquent pas tout. Il y en eut, nombreuses et patentes, du simple bourrage d’urnes aux pressions sur les électeurs en passant, surtout, par la mobilisation unilatérale de toutes les chaînes de télévision, mais elles n’ont changé que l’ampleur de la victoire remportée, hier, par Vladimir Poutine. Plus de 64% des suffrages se sont portés sur Russie unie, le parti présidentiel qui devrait disposer, ainsi, des deux tiers des sièges à la Douma, autrement dit d’une majorité suffisante à des modifications constitutionnelles. Vladimir Poutine pourra, de cette manière, donner un cadre légal à ce qui est son objectif et la raison de ces fraudes – son maintien aux commandes du pays alors que la Loi fondamentale lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif à la présidentielle de mars prochain. Les institutions garderont un habillage démocratique, élections et Parlement. La réalité du pouvoir sera tout autre, un peu plus autocratique encore, mais on ne comprendrait rien à la Russie si l’on ne voyait pas que cela se fait dans un assentiment populaire. La Russie ne souhaite pas que Poutine se retire. Sa popularité est réelle car les Russes lui sont gré d’avoir tourné la page des années Eltsine, de son prédécesseur dont ils ont gardé un très, très mauvais souvenir et non sans raisons. Entamées dans l’enthousiasme général, ces années 90 furent, d’abord, celles du plus grand hold-up de l’histoire. Sous prétexte de privatisations, toute la richesse russe, ressources naturelles et grands secteurs industriels, fut alors redistribuée par la famille Eltsine, les parents et l’entourage du Président, à des hommes de paille. Ce ne fut pas une privatisation pour la bonne raison qu’il n’y avait pas, alors, de capitaux privés en Russie. Ce fut un simple partage entre gangsters, les uns devenant propriétaires de biens autrefois collectifs, les autres, la maffia au pouvoir, recevant de gigantesques commissions, versées sur des comptes étrangers et prélevées sur les entreprises qu’ils cédaient au nom du passage à l’économie de marché. C’est ainsi que l’économie russe a été restructurée, qu’elle a, c'est vrai, redémarré, mais au prix d’une sauvagerie sociale absolument inouïe et, bien sûr, d’une injustice absolue, d’un simple vol en bandes, d’un crime organisé. Les années Eltsine, ce fut aussi celles de l’éclatement de l’empire formé par les tsars et rebaptisé Union soviétique, d’un ensemble devenu tout aussi russe que la Bourgogne ou Toulouse sont devenus français. Au hold-up économique s’était ajouté un démantèlement territorial et, sous Eltsine toujours, la Russie avait tout simplement aligné sa diplomatie sur celle des Etats-Unis, au détriment, souvent, de ses intérêts nationaux. Vladimir Poutine vient de cette équipe-là. Il avait été mis en place par Eltsine mais il a reconstruit un Etat, brutal et centralisé, repris le contrôle des ressources naturelles en les redistribuant à ses affidés des services secrets et réaffirmé la Russie, dans ses frontières comme sur la scène internationale, grâce à l’envolée des cours du pétrole dont, qui plus est, la croissance, les salaires et les retraites commencent à profiter. Autocrate ou pas, on serait populaire à moins.

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