« La glace commence à fondre », a aussitôt estimé l’ambassadeur russe auprès de l’Otan et son constat est fondé. Réunis hier, à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord n’ont en effet pas seulement opté pour une « reprise conditionnelle et progressive de leurs contacts avec la Russie » qu’ils avaient « suspendus » le 19 août dernier à la suite du conflit russo-géorgien. Ils ont également remis aux calendes grecques toute perspective d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan en créant, avec chacun de ces pays, des commissions chargées d’approfondir la coopération bilatérale – autrement dit de leur fermer la porte sans la leur claquer au nez. C’est ce que souhaitaient les Européens, Allemagne et France en tête. Les Européens avaient tout moyen de faire prévaloir leur point de vue puisque les décisions de l’Otan ne se prennent qu’à l’unanimité des pays membres mais les Américains ne se sont guère battus. Au-delà du manque d’enthousiasme qu’ils affichaient pour la reprise des contacts avec la Russie et de leur défense, bien formelle, d’une accélération du rapprochement avec l’Ukraine et la Géorgie, il y avait, en fait, consensus sur les décisions d’hier. Représentés par Condoleezza Rice, les Etats-Unis ne pouvaient pas s’offrir le luxe d’un bras de fer avec l’Union européennes alors que les jours de l’administration sortante sont comptés et que nul ne sait ce que sera la position de Barack Obama sur ces deux dossiers qu’il a toujours abordés avec beaucoup de prudence, voire de réserve. Les Etats-Unis ont d’autant plus volontiers laissé les options ouvertes à leur futur président que la multiplicité des crises internationales ne les incitait guère à y ajouter une rupture politique avec la Russie et un malaise avec l’Union européenne qui sait, en l’occurrence, ce dont elle veut et ne veut pas. Dès avant le conflit du mois d’août, les Européens s’étaient refusés à entrouvrir les portes de l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie car ils ne voyaient pas de raison d’aller braquer la Russie sans motif impérieux. Le conflit d’août, durant lequel les Etats-Unis n’ont pas ouvert la bouche, les a confortés dans cette position et ils veulent maintenant, comme ils viennent de le confirmer hier aussi, reprendre leurs négociations avec Moscou sur la recherche d’un partenariat, économique et politique, entre l’Union et la Russie. Ils veulent ainsi stabiliser le continent, assurer la continuité de leurs approvisionnements énergétiques et pouvoir développer leurs investissements en Russie – prendre en mains l’organisation du continent Europe en le structurant autour de ses deux piliers, l’Union européenne et la Fédération de Russie. Ardent partisan de cette perspective, Nicolas Sarkozy va même encore plus loin puisqu’il souhaiterait, pour sa part, que ce partenariat entre l’Union et la Russie s’ouvre, un jour, aux autres pays du continent dont le destin ne serait ainsi ni d’entrer dans l’Union, pour ce qui est de la Turquie, ni de retomber sous la coupe russe pour ce qui est, bien sûr, de l'Ukraine et de la Géorgie.

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