C’est un texte qui sera amendé, arrondi, raboté mais qui n’en est pas moins un signe. En charge de la présidence européenne jusqu’à la fin de ce mois, la Suède vient de proposer aux 27 pays de l’Union un projet de résolution sur Proche-Orient appelant à la création d'un Etat palestinien avec "Jérusalem-est comme capitale ». Parce qu’il considère que l’ensemble de Jérusalem constitue sa capitale « éternelle et indivisible », le gouvernement israélien s’est aussitôt insurgé contre ce projet qui nuit, a-t-il dit, à la capacité de l’Union de jouer un rôle de médiateur entre Israël et les Palestiniens ». Beaucoup de gouvernements européens ne sont pas loin de le penser aussi, considérant qu’il ne faut pas sembler faire de la question de Jérusalem un préalable mais la laisser résoudre dans le cadre d’un règlement global. La barre sera très certainement abaissée, la semaine prochaine, par les ministres européens des Affaires étrangères qui devraient adopter une formulation plus allusive mais il n’en reste pas moins qu’Israël est, aujourd’hui de plus en plus pressé par ses alliés américains et européens de faire des concessions auxquelles il se refuse ou ne consent qu’à moitié. Israël est, en vérité, de plus en plus isolé face à des Américains, Barack Obama en tête, qui l’appellent à cesser toute colonisation des Territoires occupés, y compris à Jérusalem-est, et des Européens de plus en plus nombreux à estimer qu’il devrait en faire plus, beaucoup plus, pour relancer le processus de paix et parvenir à un règlement définitif. Il y a deux semaines, la présidence européenne avait déjà estimé qu’une solution devait être trouvée pour résoudre le statut de Jérusalem en tant que capitale de deux Etats ». Lundi, Bernard Kouchner déclarait que Jérusalem devait être « à la fois capitale de l’Etat d’Israël et du futur Etat palestinien » et, parallèlement, ni les Etats-Unis ni l’Union européenne ne se sont satisfaits de l’annonce, par Benjamin Netanyahou, d’un gel de la colonisation pour une période de dix mois. C’est un pas dans la bonne direction, ont dit Américains et Européens, mais un pas seulement, à leurs yeux, car ce gel ne concerne pas Jérusalem-est. Tout se passe, désormais, comme si les Etats-Unis et l’Europe, comme la Russie d’ailleurs, voulaient de plus en plus imposer à Israël de vraiment marcher vers un règlement dont les termes sont depuis longtemps connus. Tout se passe comme si les Américains et les Européens voulaient qu’Israël transcende vingt ans d’échecs et de torts partagés, d’impasse dans la négociation, accepte non seulement la création d’un Etat palestinien mais également l’indispensable partage de Jérusalem afin que la question palestinienne ne continue plus d’enflammer le Proche-Orient en y nourrissant l’islamisme. Il y a aujourd’hui, vis-à-vis d’Israël, une impatience stratégique des puissances occidentales qui considèrent que la persistance de ce conflit menace leurs intérêts et qu’Israël doit les aider à le résoudre.

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