On l’avait, un temps, surnommé la « roue de secours ». Non seulement Mohamed Morsi avait été le second choix de son parti, les Frères musulmans, l’homme sur lequel ils s’étaient rabattus car une condamnation passée avait empêché leur candidat initial de briguer la présidentielle mais rien ne semblait non plus faire un chef d’Etat de ce petit apparatchik rondouillard et terne à souhait auquel l’éloquence est profondément étrangère.

Ce surnom semblait justifié à souhait mais le président égyptien l’a fait bien vite oublier. Profitant de l’incapacité de l’armée à maintenir l’ordre dans le Sinaï, il a limogé au milieu de l’été son tout puissant chef d’état-major et ainsi affirmé son autorité sur des généraux considérés jusqu’alors comme intouchables. Il avait su se saisir d’une occasion pour changer les rapports de force et gagner en popularité et c’est peut-être ce qu’il est en train de réussir à nouveau depuis la crise de Gaza dont il a, tactiquement parlant, joué en maître.

Il s’y est affirmé, dans un premier temps, en homme d’Etat responsable, solidaire du Hamas et de la population gazaouie face à Israël mais en contact permanent avec les Etats-Unis et Benjamin Netannyahou pour parvenir à la trêve dont il fut l’artisan principal. Cela lui a valu la reconnaissance des Américains qui voulaient étouffer cet incendie avant qu’il ne devienne régional, celle, aussi, des Egyptiens qui souhaitaient que leur pays soutienne les Palestiniens mais certainement pas au point de se laisser entraîner dans une guerre. Mohamed Morsi était sorti grandi de cette crise mais à peine était-elle terminée qu’il s’arrogeait les pleins pouvoirs et neutralisait la magistrature pour faire adopter, en quelques jours, un projet de Constitution, très décevant, peut-être inquiétant mais pas totalement alarmant, qu’il va soumettre à référendum dès dimanche en huit.

Là, la partie est moins évidente car autant la grand majorité des Egyptiens approuvait la mise au pas des militaires, autant ils sont divisés sur celle des juges et le coup de force institutionnel qu’elle permet. Manifestations et contre-manifestations se succèdent depuis, aussi imposantes des deux côtés, mais que peut-il se passer maintenant ?

Première hypothèse, Mohamed Morsi perd ce référendum. C’est parfaitement possible puisque les islamistes n’avaient remporté la présidentielle que parce que leurs adversaires n’avaient pas su s’unir et qu’ils font maintenant front, contre un homme qui s’est révélé aussi habile qu’autoritaire. Ce coup de force peut être désavoué par les Egyptiens mais le chaos institutionnel qui en résulterait serait tel que la seconde hypothèse est tout aussi plausible.

Mohamed Morsi peut gagner et l’Egypte voguerait alors vers un régime présidentiel fort, non pas vers une dictature dont les Frères n’auraient pas besoin pour assure leur pouvoir, non pas non plus vers une théocratie qu’il leur serait très difficile d’imposer en admettant même qu’ils le souhaitent, mais vers un régime autoritaire, socialement conservateur, libéral en économie et soutenu par les Etats-Unis comme par les monarchies du Golfe. Après l’effervescence révolutionnaire, ce serait le retour à l’ordre, la seconde phase de toutes les révolutions, certainement pas la plus exaltante mais rarement la dernière.

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