La Grande-Bretagne épaulera donc la France dans sa bataille contre Daesh. C’était prévisible. On pouvait parier sans grand risque sur l’issue du débat parlementaire par lequel le Premier ministre David Cameron devait passer, hier, avant d’engager des forces sur un terrain extérieur. Si les élus britanniques lui avaient refusé leur feu vert, le Royaume-Uni aurait manqué à la solidarité avec la France, avec un allié agressé sur son territoire.

Ce n’était guère imaginable mais ce vote signifie-t-il, pour autant, que la Grande-Bretagne soit maintenant sortie de l’isolationnisme auquel l’avait conduit sa participation à l’aventure irakienne de Georges Bush, qu’elle veuille à nouveau utiliser ses armées et s’éloigne, du même coup, de sa tentation de sortir de l’Union européenne ?

A ces trois questions, la réponse est non. Pour que le feu vert d’hier ne soit pas rouge, ou jaune en tout cas, il a fallu que le nouveau leader du parti travailliste, un pacifiste, accorde la liberté de vote à ses élus. Les Travaillistes ont frisé un éclatement de leur parti qui était totalement divisé sur cette question car sa base ne veut plus d’opérations extérieures depuis le fiasco irakien.

Au-delà même de la gauche, le pacifisme est devenu si profond dans l’opinion britannique que les sondages commençaient ces derniers jours à s’inverser après avoir été favorables, sous le coup de l’émotion, à la solidarité avec la France. Quant à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union, quant à ce Brexit, à ce British exit sur lequel le pays doit se prononcer par référendum l’année prochaine, elle reste si possible, voire probable, que toutes les capitales européennes et les institutions communautaires, Parlement et Commission, commencent à s’y préparer.

Ce n’est pas que ce soit déjà joué.

Un scrutin ne l’est qu’à l’heure du résultat. Jusqu’à la dernière minute, bien des choses peuvent en modifier la tendance mais il ne faut jamais oublier que la Grande-Bretagne s’est toujours méfiée d’un continent dont elle n’est que voisine, qu’elle n’est entrée dans l’Union, les Communautés à l’époque, qu’après avoir tout fait pour en empêcher la naissance, qu’elle est hostile à toute idée d’unification politique de l’Europe et que les réglementations bancaires et sociales de l’Union européenne font horreur à tous les conservateurs de ce pays dont l’économie s’est relevée en se libéralisant et s’appuyant sur la City, la place financière de Londres.

L’aspiration dominante de la Grande-Bretagne est aujourd’hui de s’helvétiser, de se mettre à l’écart des tourments du monde et d’en attirer ainsi les capitaux tout en se faisant le moins d’ennemis possible. C’est une tendance si profonde que Denis MacShane, l’ancien ministre aux affaires européennes de Tony Blair, vient d’énumérer publiquement les douze raisons pour lesquelles le Brexit est une certitude à ses yeux. Peut-être se trompe--t-il. Peut-être le vote d’hier préfigure-t-il une inversion de tendance mais… Rien n’est moins sûr.

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