Le Sommet anniversaire de l’OTAN à Londres dépendra beaucoup de l’humeur de Donald Trump ou de celle du Président turc. Mais tout le monde aura en tête la phrase assassine d’Emmanuel Macron.

Un avion Awacs de l’OTAN décoré en l’honneur du 70ème anniversaire de l’Alliance atlantique, à Bruxelles le 29 novembre 2019.
Un avion Awacs de l’OTAN décoré en l’honneur du 70ème anniversaire de l’Alliance atlantique, à Bruxelles le 29 novembre 2019. © AFP / Aris Oikonomou / AFP

Presque sans transition, Emmanuel Macron passe de l’hommage national rendu hier aux treize militaires français morts au Mali, à ce 70ème anniversaire de l’OTAN à Londres. C’est un hasard tragique du calendrier, mais la symbolique est forte, car si la parole de la France peut avoir un certain poids à l’OTAN, c’est parce qu’elle a une des rares armées européennes de l’alliance engagée au combat, et donc prête à payer « le prix du sang », pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron hier.

Or cette parole, le président de la République en a fait un usage fracassant récemment, en déclarant que l’OTAN était « en état de mort cérébrale ». Ses propos provocateurs, dans l’hebdomadaire « The Economist », ont choqué ou agacé plus d’un membre de l’Alliance atlantique, et ont même valu au président les insultes de son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.

Cet arrêt de mort sera dans tous les esprits aujourd’hui à Londres, donnant finalement un ordre du jour « non-dit » à un sommet étrange à plus d’un titre. Si un communiqué final consensuel a déjà été négocié, dans les coulisses, les mêmes multiplieront les contacts pour se demander quel est l’avenir de cette alliance qui avait toute sa raison d’être au temps de la guerre froide, mais a désormais des états d’âme existentiels.

Ce qui fait débat, c’est d’abord le rôle et l’attitude des États-Unis, le « parrain » de l’OTAN, son chef de file pendant l’essentiel de ces 70 ans, et qui semblent beaucoup moins motivés. Donald Trump a lui-même qualifié l’OTAN d’«obsolète », sans susciter le même émoi qu’Emmanuel Macron, et au-delà de l’actuel Président, chacun sent bien que la politique américaine change.

Les européens le savent, les Allemands les premiers qui s’en inquiètent, mais bien peu pensent comme le Président français qu’il faut dire ces choses-là à haute voix. Gérard Araud, l’ancien ambassadeur de France à Washington, qui a retrouvé sa liberté de parole, résumait hier sur Twitter le malentendu d’une boutade. Quand la France dit : « les États-Unis sont en train de partir, les Européens doivent se préparer à se défendre sans eux » ; les Européens lui répondent « chut, vous allez les faire partir »… Dialogue de sourds.

Emmanuel Macron est obligé de déminer en réaffirmant qu’il ne veut pas faire disparaître l’OTAN, mais veut simplement accélérer l’édification d’une défense européenne dont on parle depuis des lustres et qui commence seulement à émerger. Sa phrase provocatrice a peut-être réveillé le débat, elle l’a aussi compliqué.

Et il y a le cas de la Turquie, le sujet le plus brûlant ; et pas seulement en raison des insultes d’Erdogan ! C’est l’attaque turque dans le nord-est de la Syrie, contre les alliés kurdes de la coalition anti-Daech, qui a déclenché les nouvelles tensions avec Ankara ; mais aussi les achats d’armes russes par ce pilier de l’OTAN, ;son jeu trouble dans les eaux chypriotes, ou dans le conflit libyen ; ou encore son chantage permanent aux migrants, la liste est longue. Avec des alliés comme ça, qui a besoin d’ennemis ?...

Il y a aura une explication à Londres, entre les trois principales puissances européennes, l’Allemagne, la France et le Royaume Uni, et le Président turc. Elle promet d’être rude.

Signe des temps, le sommet de Londres dépendra de l’humeur de Donald Trump et celle de Recep Tayyip Erdogan. La défense européenne pourrait bien se faire malgré eux, plutôt qu’avec eux.

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