La France ne plie pas. La France campe sur ses positions. Sauf dans l’hypothèse, apparemment improbable, où le secrétaire d’Etat américain prouverait, mercredi, devant le Conseil de sécurité, que l’Irak pose vraiment une menace imminente et grave pour la sécurité internationale, la France refusera de s’associer à des démarches pouvant précipiter un conflit. Mercredi, le ministre français des Affaires étrangères devrait en conséquence répéter à New York que la France attend de l’Irak une collaboration « active » et non plus seulement passive avec les inspecteurs de l’Onu, qu’elle n’est pas par principe opposée à la guerre mais qu’elle n’en voit pas, aujourd’hui, la nécessité. Rien dans les rapports des inspecteurs, devrait souligner Dominique de Villepin, n’appelle à bousculer les choses. Il faut, au contraire, devrait-il dire, laisser se poursuivre les inspections aussi longtemps que leur déroulement demeurera satisfaisant car c’est là le moyen de résoudre pacifiquement cette crise et que, tant que les inspecteurs inspectent, l’Irak peut difficilement représenter un danger. Concrètement, cela signifie que la France ne devrait pas adhérer à l’idée d’une résolution ultimatum sommant l’Irak de désarmer dans un délai de quelques semaines faute de quoi la guerre aurait automatiquement l’aval de l’Onu. Après avoir vendu cette idée, la semaine dernière à Georges Bush, Tony Blair voulait tenter d’y rallier Jacques Chirac, demain, mardi, lors du sommet franco-britannique du Touquet mais le président de la République ne devrait pas s’y rallier car la France ne veut pas qu’une guerre puisse être ouverte au nom de l’Onu sans que le Conseil de sécurité en ait constaté la nécessité. La France, en d’autres mots, ne veut pas donner de blanc-seing aux Etats-Unis. Désormais, les dirigeants français semblent, en conséquence, accepter la possibilité d’une vraie crise en Europe, d’une situation dans laquelle une partie des pays de l’Union européenne soutiendraient, contre leur opinion publique, le déclenchement, début mars ou fin février, d’une guerre américaine contre l’Irak tandis que d’autres membres de l’Union, en accord avec l’écrasante majorité des citoyens européens, s’en tiendraient à l’écart. On est là. A cette date, ce n’est pas seulement la guerre qui s’avance sur fond de désunion transatlantique. C’est aussi l’Europe qui se divise comme rarement, comme jamais, entre ceux qui ne veulent à aucun prix risquer un désaccord avec les Etats-Unis et ceux qui sont prêts à assumer cette éventualité. C’est ainsi dans une double crise, dans deux graves crises simultanées, que nous semblons entrer aujourd’hui. Peuvent-elles encore être évitées ? Peut-être. Un voire plusieurs rendez-vous diplomatiques sont prévus pour chacune des journées des trois semaines à venir. Il y aura de nombreux coups de théâtre mais seules deux choses pourraient faire vraiment baisser la tension. La première serait que Tony Blair rencontre de vraies difficultés à faire avaliser sa politique par la Chambre des Communes. La seconde serait que Saddam Hussein enlève tout motif à la guerre en désarmant, de lui-même, complètement et sans délai. Ni l’une ni l’autre n’est impossible mais aucune n’est certaine.

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