Où cela mène-t-il ? En acceptant hier, après l’avoir refusée la semaine dernière, la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les erreurs commises par ses services secrets dans l’évaluation du niveau d’armements de Saddam Hussein, Georges Bush gagne du temps. Il évite d’être accusé d’avoir quelque chose à cacher. Il tue dans l’œuf la campagne qu’amorçaient les plus grands quotidiens américains pour obtenir la constitution de cette commission. Il espère surtout, c’est son principal objectif, mettre en parenthèses cette si gênante affaire des introuvables armes de destruction massive jusqu’au lendemain de la présidentielle puisque ce n’est pas avant 2005 que les parlementaires devront remettre leur rapport. Dans le vocabulaire politique américain, il y a une expression pour cela. C’est du « damage control », du contrôle des dégâts, mais la Maison-Blanche, contrôle ou pas, dérape. Son premier problème est immédiat. Les alliés de Georges Bush, ceux des dirigeants étrangers qui avait soutenu l’intervention irakienne en invoquant, comme lui, le danger qu’aurait représenté Saddam Hussein pour le monde, se retrouvent en mauvaise posture. Tony Blair pourrait devoir annoncer, dès ce matin, qu’il accepte, lui aussi, la mise en place d’une commission d’enquête et, sitôt qu’il aura cédé, les droites espagnole et australienne se trouveront bien isolées face à leurs oppositions qui ont haussé le ton en demandant, hier, l’ouverture d’enquêtes parlementaires. Le souci majeur de Georges Bush n’est pas le sort de ses alliés mais, outre qu’il aura désormais plus de mal encore à en recruter, ce sont quatre déballages simultanés qui menacent et leurs déroulements, deuxième problème, vont s’alimenter les uns les autres. Troisième problème pour Georges Bush, le rapport de la Commission est, en fait, déjà rendu car un an avant sa remise officielle et avant même que les neuf parlementaires qui devront l’élaborer aient été nommés, la messe a été dite par David Kay, l’homme que le Maison-Blanche avait chargé de trouver les armes de Saddam et qui a démissionné, il y a dix jours, en déclarant qu’il n’y avait rien à chercher car « il s’avère que nous nous sommes tous trompés ». C’est ainsi moins sur la réalité de cette erreur que la Commission américaine va enquêter que sur le « Comment ? » et le « Pourquoi ? » le Président a été conduit à dire ce qui n’était pas et les fuites seront nombreuses, et perverses, car personne ne voudra porter le chapeau. Les Démocrates n’en ont pour autant pas gagné la Maison-Blanche. Leur situation est, au contraire, délicate car leur favori de l’heure, John Kerry, avait voté, en 2002 la résolution du Congrès autorisant l’intervention irakienne. Ce qui est, en revanche acquis est que chiites, Kurdes et sunnites savent, depuis hier, que Georges Bush ne peut plus prendre de risques en Irak. Tous sont désormais en situation de faire pression sur lui, de tenter d’avancer leurs pions en agitant la menace de troubles. Cela ne favorisera pas la stabilisation de l’Irak. C’est le quatrième problème mais, celui-là, pour le monde.

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