Ce n’est plus tout à fait le même. Recentré sur la politique intérieure, infiniment moins exalté sur le front international, le Georges Bush qui esquissait, hier, son second mandat dans le discours sur l’état de l’Union sera un allié moins difficile pour l’Europe – pour cette Europe qu’il prend l’habitude d’appeler par son nom, « L’Union européenne ». A l’intérieur, Georges Bush est plus attaché que jamais aux credo libéraux et conservateurs, à l’institutionnalisation des baisses d’impôts, à la « défense du mariage », c'est-à-dire à l’interdiction des mariages homosexuels, au recours aux institutions religieuses et caritatives pour combattre les maux sociaux comme la délinquance juvénile et, bien sûr, à l’individualisation du système des retraites. Cette bataille-là sera l’affaire de son nouveau mandat. Georges Bush veut que les nouvelles générations consacrent une part de leurs cotisations retraites à la constitution d’un capital propre assurant l’essentiel de leurs pensions. Investi en bourse, contribuant donc à l’essor de l’économie américaine, ce capital serait une épargne privée, n’entrant pas dans le pot commun de la solidarité entre générations et susceptible d’être légué à ses héritiers. Justifié par l’allongement de la durée de la vie et les menaces financières pesant sur l’actuel système, ce changement introduirait une rupture fondamentale avec l’héritage du New Deal que la droite américaine combat de front depuis Reagan. Georges Bush en a clairement fait sa priorité et, s’il n’a pas déjà gagné cette bataille, il a des chances d’y arriver tant la majorité républicaine est solide dans les deux chambres. A l’extérieur, en revanche, le président américain arrondit les angles. Cette « liberté » dont il avait fait le leitmotiv de son discours d’inauguration, dont le martèlement rhétorique avait pu faire craindre de nouvelles aventures militaires, n’était plus, hier, qu’un « idéal directeur », un objectif central de la diplomatie américaine, pas un but de guerre immédiat. « Sur le long terme, dit Georges Bush, la paix que nous recherchons ne sera réalisée que par l’élimination des causes qui nourrissent le radicalisme et les idéologies de meurtre ». Les Européens ne disent pas autre chose. Le bon sens non plus et cette soudaine modération, ce « réalisme » dont Georges Bush expliquait il y a quelques jours qu’il était venu tempérer son « idéalisme », se retrouvait dans l’abord de tous les dossiers du moment. C’est avec les « gouvernements d’Asie » que l’Amérique « travaillera étroitement » pour « convaincre » la Corée du Nord de renoncer à l’atome. C’est avec « nos alliés européens » que l’Amérique entend faire comprendre à l’Iran qu’il doit abandonner ses propres ambitions nucléaires et si la Maison-Blanche est aux côtés du peuple iranien dans son combat pour la liberté, il n’y a pas là non plus de bruit de bottes. C’est une paix qui est sur l’agenda extérieur de Georges Bush, « l’objectif de deux Etats démocratiques, Israël et la Palestine, vivant côte à côte », un objectif « à portée de main » dit-il et que l’Amérique veut « aider à réaliser ». Condoleezza Rice ne parle plus que de cela. C’est le cœur de la tournée internationale que la secrétaire d’Etat entame aujourd’hui.

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