C’est l’idée qui monte, encore confuse et incertaine. Le seul moyen, dit-on, de relancer les négociations israélo-palestiniennes serait de favoriser la formation d’un nouveau gouvernement palestinien d’union nationale entre les islamistes du Hamas et les modérés du Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. C’est ce à quoi s’emploie Nicolas Sarkozy. C’est ce que pense Tony Blair, émissaire pour le Proche-Orient des grandes puissances et de l’Onu. Le Qatar y appelle. L’Egypte y travaille. Mahmoud Abbas y serait naturellement favorable et cela présenterait, de fait, beaucoup d’avantages. Cela permettrait d’ouvrir un dialogue avec les islamistes, incontournables puisqu’ils contrôlent la bande de Gaza, mais en traitant avec leurs ministres et non pas avec leur mouvement qui persiste dans son refus de l’existence d’Israël. De plus en plus divisé depuis les bombardements de Gaza, le Hamas serait ainsi sommé de choisir entre son jusqu’auboutisme officiel et le compromis que souhaite la majorité des Palestiniens. Israël, pour sa part, ministres islamistes ou pas, ne pourrait pas refuser de négocier avec un gouvernement internationalement reconnu et placé sous l’autorité de Mahmoud Abbas. Les conditions d’une relance des négociations de paix seraient alors si bien réunies que c’est également ce que Barack Obama paraît avoir en tête, si l’on en juge, du moins, par les premiers pas de son émissaire pour le Proche-Orient. Jusqu’à présent, la seule chose que Georges Mitchell ait publiquement dite est en effet qu’Israël devrait rouvrir ses points de passage avec Gaza, la principale revendication des islamistes, mais à la condition, a-t-il précisé, que cette frontière soit contrôlée par l’Autorité palestinienne – autrement dit que le Hamas se rapproche du Fatah et reconnaisse, à nouveau, Mahmoud Abbas comme président de la Palestine en devenir. L’idée monte mais bien des obstacles restent à surmonter. Le problème est que le monde arabo-musulman est divisé comme il l’a rarement été, jamais peut-être. D’un côté l’Iran, la Syrie et les mouvements radicaux que ces deux pays soutiennent, le Hamas et le Hezbollah libanais. De l’autre, les pays arabes dits modérés, Egypte, Jordanie et Arabie saoudite en tête, des pays sunnites qui s’inquiètent à la fois de la montée des islamistes dans leurs populations et de l’influence grandissante, surtout, de l’Iran chiite dans toute la région. Ces pays ne veulent à aucun prix laisser l’Iran et les islamistes marquer de nouveaux points. Ils veulent donc favoriser au plus vite un règlement israélo-palestinien alors que de l’autre côté, Iraniens et Syriens ne veulent pas que ce front s’apaise avant que Barack Obama n’ait entamé les pourparlers qu’il entend ouvrir avec eux. L’Iran comme la Syrie veulent se garder la carte palestinienne comme un élément de négociation avec les Etats-Unis et ces deux pays pèsent donc de tout leur poids sur le Hamas pour freiner tout accord entre frères ennemis de la Palestine. Au Proche-Orient, tout se tient. C’est toute la difficulté.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.