On ne le prononce pas à haute voix. Le mot n’est que murmuré mais on l’entend partout à Bruxelles. « Camouflet », y dit-on de toute part depuis que Barack Obama a fait savoir par ses porte-parole, lundi, que, non, son emploi du temps ne lui permettrait pas de prendre part au sommet qui devait réunir l’Union européenne et les Etats-Unis, fin mai, à Madrid. La situation est d’autant plus humiliante pour l’Europe que le président américain n’a ni pris la peine de décrocher son téléphone pour s’excuser ni même fait valoir un réel empêchement. Il a seulement et crûment fait comprendre qu’il avait mieux à faire, que ce sommet n’était pas sa priorité et, pire encore, ce n’est pas la première fois qu’il snobe l’Europe puisqu’il n’avait pas jugé nécessaire de se rendre à Berlin pour l’anniversaire de la chute du Mur, qu’il n’avait consacré que 90 minutes, en novembre, au précédent sommet euro-américain qui se tenait, pourtant, à Washington et que c’est avec l’Inde et la Chine, pas avec l’Europe, qu’il avait tenté de négocier un véritable accord à Copenhague. Tout cela fait effectivement beaucoup mais ce camouflet – car c’en est un – ne relève aucunement d’une volonté de gifler l’Union mais de réalités qu'elle tarde un peu trop, beaucoup trop, à prendre en compte. La première est que la Guerre froide est terminée et que l’Europe n’est plus un enjeu pour les Etats-Unis qui ont de bien plus grands soucis avec le Proche-Orient, l’Asie du sud-ouest, la Chine ou, même, l’Amérique latine. La deuxième est que ça y est, que les Américains ont désormais un président bien trop jeune pour avoir été marqué par la Deuxième Guerre mondiale et qui s’est, en revanche, formé dans les décennies de l’essor asiatique, de la concurrence japonaise et des flots d’importations chinoises qui ont tellement contribué à la désindustrialisation de l’Amérique. La troisième est que les Etats-Unis préfèrent, désormais, se réconcilier avec la Russie qu’aller la provoquer en étendant l’Otan jusqu’à ses frontières et que l’Europe centrale n’a donc plus guère d’intérêt à leurs yeux. Quant à la quatrième réalité, la plus dure à admettre pour l’Europe, elle est qu’on ne peut pas compter sans exister. A lui seul, aucun des pays européens, n’est de taille à s’imposer en interlocuteur privilégie des Etats-Unis. L’Union européenne le pourrait, bien sûr, mais comme aucun de ses Etats membres ne veut qu’elle s’affirme, en elle-même, sur la scène internationale, elle ne le peut pas non plus et Barack Obama ne fait qu’en tirer les conséquences. Si l’Europe ne veut pas être, si elle n’a ni rôle international ni position commune sur le Proche-Orient, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, pas même sur Haïti, si l’Europe s’est mise aux abonnés absents, pourquoi aller perdre tant de temps dans tant de sommets sans objets ? C’est cela que Barack Obama dit aux Européens, rien d’autre, et ils devraient, au fond, l’en remercier car les gifles, ça vexe, ça fait mal, mais il arrive qu’à force d’en prendre, à la cinquième, à la dixième, à la vingtième peut-être, on se réveille.

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