Il n’est nullement décisif mais Hosni Moubarak a marqué un point. L’opposition tentera d’organiser de nouveaux rassemblements demain à la sortie des mosquées. Peut-être y parviendra-t-elle mais, pour l’heure, aussi malade et âgé qu’il soit, ce président dont l’Egypte ne veut plus a parfaitement su manœuvrer en laissant les manifestants brûler toutes leurs cartouches mardi pour annoncer, au soir de leur succès, qu’il ne démissionnerait pas et bientôt lancer contre eux des escouades étonnamment bien coordonnées et chargées de nettoyer leur bastion de la place Tahrir. Il y a tout lieu de penser que l’opposition aura beaucoup de mal à reprendre l’entier contrôle de cette place qu’elle défendait encore ce matin. Non seulement l’armée n’a pas levé le petit doigt pour empêcher ce coup de force mais elle appelle maintenant à l’arrêt des manifestations et Omar Souleimane, le vice-président qui aurait pu être l’homme de cette « transition ordonnée » que souhaitent les Américains, vient de se ranger sans ambiguïté aux côtés d’Hosni Moubarak en déclarant qu’il n’y aurait pas de dialogue politique tant que le calme ne serait pas revenu. Pour l’heure, le pouvoir égyptien reprend la main mais le paysage après la bataille est aussi accablant qu’incertain. Dans des scènes de guerre civile, on s’est battu une journée entière en plein cœur du Caire. Il y a au moins sept morts et plus de 1500 blessés dont de nombreux enfants que leurs parents avaient amenés là car ils avaient fait confiance à l’armée pour protéger, comme elle l’avait dit, les manifestants et leur liberté d’expression. L’armée vient de perdre une grande partie de son autorité morale. Elle n’est plus un arbitre et sa capacité à organiser une transition en est d’autant réduite. Ce pouvoir a marqué un point mais à un tel prix politique que sa survie n’est pas plus assurée qu’avant-hier et que les Etats-Unis ont nettement haussé le ton contre Hosni Moubarak. La Maison-Blanche a vivement condamné les violences de la place Tahrir. Elle a surtout martelé que Barack Obama souhaitait qu’un changement intervienne « maintenant » en Egypte et « maintenant, cela veut dire maintenant » a sèchement ajouté son porte-parole. Les Etats-Unis ne veulent autrement dit plus qu’Hosni Moubarak termine son mandat. Cette fois, c’est clairement dit et, sortant du Bureau Ovale, le sénateur McCain, le candidat républicain que Barack Obama avait battu en 2008, a enfoncé le clou en déclarant que « le temps était venu pour le président Moubarak de démissionner (car) c’est l’intérêt de l’Egypte, de ses habitants et de son armée ». C’est le dernier mot qui compte le plus dans cette phrase. Il signifie que les Etats-Unis cherchent à amener l’état-major égyptien à précipiter les choses en lui faisant valoir que ce serait le seul moyen pour les militaires de retrouver leur prestige et de sauver leur pays du chaos. Il est notable, à cet égard, que l’armée arrête ce matin des sbires du régime. Hosni Moubarak a marqué un point mais les Etats-Unis font désormais tout pour faire tomber cet homme qui fut l’un de leurs plus fidèles alliés mais dont l’obstination devient périlleuse. Il n’est pas encore dit qu’ils y parviennent mais le bras-de-fer est engagé.

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