Le dialogue entre les opposants et le pouvoir ukrainiens a tourné court. Engagé la semaine dernière, il a si peu donné de résultats que l’armée est entrée en scène vendredi en dénonçant des désordres qui menaceraient, dit-elle, « l’intégrité territoriale » du pays et que les services spéciaux ont annoncé, dans la foulée, l’ouverture d’une enquête contre le principal parti d’opposition pour « tentative de prise du pouvoir ».

Cela ressemblait tant à un premier pas vers l’instauration de l’état d’urgence que le ministre de la défense et le chef d’état-major ont bientôt nuancé leur déclaration en appelant à un « règlement pacifique » de la crise en cours mais on n’en parle pas moins au Kremlin d’un « coup d’Etat rampant à Kiev » et de la nécessité pour le président ukrainien de « mater » la contestation s’il ne veut pas perdre le pouvoir.

Le ton monte parallèlement entre Moscou et les capitales occidentales tandis que la situation de l’économie ukrainienne, déjà peu brillante, s’assombrit à grande vitesse. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, n’a ainsi pas tort de voir « des signes inquiétants de dégradation » en Ukraine car le fait est que ce pays plus grand que la France s’enfonce dans la crise, au cœur du continent européen, et devient l’enjeu d’un bras de fer entre les deux puissances entre lesquelles il s’étend, l’Union européenne et la Fédération de Russie.

Ce n’est bien sûr pas qu’une guerre menace en Europe. Les armées russe et européenne, l’une en piteux état, l’autre inexistante, ne vont pas se lancer demain l’une contre l’autre mais, si cette sorte d’affrontement est exclue, d’autres scénarios ne le sont pas.

Faute d’un rapide compromis entre les deux camps ukrainiens, le pouvoir peut commettre l’erreur de tenter de recourir à la force, de démanteler les barricades qui paralysent Kiev et de faire procéder à des arrestations de masse. En admettant même qu’il y parvienne, on pourrait alors assister à une semi sécession des provinces occidentales qui ne reconnaîtraient plus le pouvoir central. Une situation de ce type existe déjà dans deux autres des Etats sortis de l’URSS, la Moldavie et la Géorgie, mais elle aurait des conséquences autrement plus graves dans un pays aussi grand et central que l’Ukraine.

Les répercussions régionales en seraient imprévisibles et, même si elles restaient relativement limitées, les relations entre la Russie d’un côté, l’Europe et les Etats-Unis de l’autre, en seraient gravement affectées au moment même où le conflit qui ravage la Syrie, ses répercussions croissantes sur les pays limitrophes et les négociations sur le nucléaire iranien demandent, au contraire, un minimum de convergence entre les grandes puissances.

On ne peut plus sous-estimer la gravité de la crise ukrainienne. Elle requiert désormais de vraies et d’urgentes initiatives, une rapide coordination entre Paris et Berlin, une offre de médiation de la France, de l’Allemagne et de la Pologne et surtout, avant tout, des contact suivis entre Européens et Russes pour définir des lignes rouges et faire de l’Ukraine ce qu’elle doit être, un pays neutre, un pont entre l’Union européenne et la Fédération de Russie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.