Qui disait, hier : « Nous avons besoin que la zone euro adopte un meilleur plan pour la croissance et l’emploi » ? Etait-ce l’un des nouveaux dirigeants grecs ? Un socialiste français ? Ou bien encore Matteo Renzi, chef du gouvernement de centre-gauche italien et grand critique des politiques de rigueur aujourd’hui conduites en Europe ?

Non, pas du tout, c’est le très conservateur et très libéral ministre britannique des Finances, Georges Osborne, qui déclarait cela à l’issue d’un entretien avec Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances, qui n’en a pas cru son bonheur d’être ainsi soutenu par un homme pas vraiment de son camp.

Qui disait, maintenant, dimanche, reprenant presque mot pour mot l’argumentaire de la nouvelle gauche grecque : « On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression. A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes » ?

On l’aura sans doute reconnu tant ses propos ont été déjà cités. C’était Barack Obama, qui ne faisait là que répéter, avec plus d’éclat seulement, ce que son administration martèle depuis de longs mois et qui va très certainement le redire à Angela Merkel qu’il reçoit lundi à la Maison-Blanche pour parler de l’Ukraine où tout va de plus en plus mal mais également de la zone euro, de ses excès de rigueur et de ses menaces de déflation.

En trente-six heures de temps, une convergence s’est ainsi affirmée entre la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le nouveau gouvernement grec et la première conclusion à en tirer est qu’il n’y a désormais pas plus isolée que la chancelière allemande. Avec l’appui d’autres gouvernements conservateurs-libéraux que les élections nationales avaient rendus majoritaires dans l’Union, elle avait imposé une politique économique européenne entièrement axée sur l’assainissement des comptes publics. C’est le meilleur et le seul moyen, disait-elle, de relancer la croissance mais cette politique a échoué, sans surprise, parce qu’elle n’a été accompagnée d’aucun effort de relance par des investissements d’avenir et, maintenant que c’est devenu l’évidence, le vent tourne en Europe.

La majorité y est la même mais cette majorité elle-même évolue, à Londres ou à Madrid, et la nouvelle Commission comme la Banque centrale européenne se sont sans le dire mais clairement ralliées aux positions de François Hollande et Matteo Renzi qui ne sont plus seuls à plaider la relance.

Mme Merkel devra accepter des changements. Elle devra d’autant plus s’y résigner que le patronat, la gauche et les syndicats allemands les réclament aussi et qu’un consensus est en train de se faire dans l’Union sur la nécessité non pas d’éteindre les dettes de la Grèce - ce que le gouvernement Tsipras, ça y est, ne réclame plus - mais de rééchelonner ses remboursements afin de redonner de l’oxygène à son économie.

C’est un tournant politique qui s’amorce dans l’Union et il est d’autant plus marquant qu’aux Etats-Unis, Barack Obama poursuit son offensive néo-keynésienne en demandant au Congrès d’augmenter les impôts des grandes entreprises afin de favoriser l’investissement public et les classes moyennes.

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