Après avoir longtemps critiqué sa dérive autoritaire, Emmanuel Macron se rend lundi et mardi en Pologne pour tenter un rapprochement. Un exercice délicat au moment où l’Europe subit le choc du Brexit.

Le premier ministre polonais à la commémoration du vingtième anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’OTAN l’an dernier : l’alliance atlantique est considérée à Varsovie comme l’assurance-vie de la Pologne.
Le premier ministre polonais à la commémoration du vingtième anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’OTAN l’an dernier : l’alliance atlantique est considérée à Varsovie comme l’assurance-vie de la Pologne. © AFP / Artur Widak / NurPhoto

La Pologne présente un double visage qui rend toute visite officielle complexe et délicate, celle d’Emmanuel Macron plus encore que d’autres.

D’un côté, la Pologne est le plus important pays d’Europe centrale, par sa population, par la plus belle réussite économique de l’élargissement à l’Est, et par sa position géographique, frontière orientale de l’Union européenne dans une zone délicate.

Mais d’un autre côté, la Pologne est dirigée par un gouvernement ultra-conservateur, accusé de s’en prendre à l’État de droit : une procédure a été ouverte contre Varsovie par la Commission européenne pour atteinte à l’indépendance de la justice. Des menaces pèsent sur la presse, la société civile, les migrants ou les homosexuels ; tout ceci ternit l’image de la Pologne à l’étranger.

Emmanuel Macron a passé la première moitié de son mandat à se faire le héraut de valeurs libérales opposées à l’illibéralisme ou le populisme, notamment incarnés par le PIS, le Parti au pouvoir en Pologne. Il tente aujourd’hui un rapprochement, sans pour autant renier ses critiques, c’est un peu acrobatique.

Depuis deux ans, Emmanuel Macron tente de manière volontariste de pousser à des réformes de l’Europe qui se sont heurtées au mieux à l’inertie, au pire à de la résistance. Il tente une nouvelle approche, plus conciliante, au moment où l’agenda européen est des plus chargé par une nouvelle Commission.

Mais en Pologne, ou du moins dans le cercle au pouvoir, il est attendu avec une bonne dose de méfiance. D’abord parce qu’il est jugé arrogant et donneur de leçons -il n’est pas le premier français dans ce rôle…- mais aussi parce que certaines de ses positions choquent les Polonais. 

Son projet de rapprochement pragmatique avec la Russie hérisse une Pologne qui reste à cran vis-à-vis de Moscou, surtout avec Vladimir Poutine à sa tête ; et la déclaration polémique d’Emmanuel Macron sur l’état de « mort cérébrale » de l’OTAN choque dans un pays qui a choisi de placer sa survie entre les mains de l’OTAN et de l’allié américain, au point de financer l’installation de troupes américaines en Pologne dans un futur « Fort Trump ».

Le Président va devoir déminer, clarifier, rassurer, s’il veut que le projet d’Europe de la défense ne soit pas perçu, à l’Est, comme une machine de guerre anti-OTAN, ou que la négociation sur le budget de l’UE ne vire à la guerre de tranchées.

Mais dans le même temps, à l’Élysée on souligne que « le président ne renie pas un mot de son engagement sur les questions de valeurs et l'État de droit ». 

Ce sera donc un exercice délicat pour ne pas trahir les espoirs de la société civile polonaise qui attend de l’Europe un soutien pour freiner la dérive autoritaire du pouvoir, tout en permettant des convergences sur les sujets européens communs.

Au lendemain du départ du Royaume Uni, alors que les Européens se retrouvent à 27, rien ne serait pire que l’étalage de nouvelles divisions ; mais rien ne serait pire, aussi, que d’oublier les valeurs sur lesquelles cette union s’est fondée. C’est la ligne de crête sur laquelle va se dérouler cette visite délicate.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.