L’opposant russe passera deux ans et huit mois en prison, le signe que le Kremlin ne tient compte ni des manifestations ces deux derniers weekends en Russie, ni des appels internationaux à le libérer.

Alexei Navalny dans une cage de verre, hier à Moscou, lors de son procès.
Alexei Navalny dans une cage de verre, hier à Moscou, lors de son procès. © AFP / Alexey PAVLOVSKY / Moscow City Court press service / AFP

Le Kremlin est donc allé jusqu’au bout de sa logique répressive, en condamnant hier Alexei Navalny à une peine de prison ferme. L’opposant russe, déjà victime d’une tentative d’assassinat l’été dernier, passera donc deux ans et huit mois supplémentaires en prison sous un prétexte futile : il ne s’est pas présenté à un commissariat russe alors qu’il était en convalescence en Allemagne après la tentative de meurtre.

La décision très politique de la justice constitue une fin de non-recevoir d’abord aux dizaines de milliers de manifestants des deux derniers weekends dans plus de cent villes de Russie ; mais aussi vis-à-vis des Occidentaux qui ont demandé haut et fort la libération de Navalny. Des diplomates étrangers ont d’ailleurs assisté à son procès hier à Moscou, s’attirant l’accusation d’« ingérence » du porte-parole du Kremlin.

Pour écarter celui qui s’est désormais imposé comme son rival numéro un, Vladimir Poutine est prêt à payer le prix d’une détérioration supplémentaire de ses relations avec les Occidentaux. Celles-ci ne se sont jamais remises de la crise ukrainienne, et en particulier de l’annexion de la Crimée en 2014, et des sanctions qui s’en sont suivies.

Il y a 48 heures, au micro de France Inter, le secrétaire d’état aux affaires européennes, Clément Beaune, avait déclaré, en réponse aux questions de Léa Salamé, que la France était pour l’abandon du projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. Cette petite phrase a fait du bruit dans les milieux diplomatiques européens.

Nord Stream 2 est un projet colossal, un gazoduc de 1230 kilomètres de long, d’un coût de près de dix milliards d’euros, propriété du groupe russe Gazprom, mais financé pour moitié par cinq groupes européens, dont le français Engie. La construction est presque terminée, il reste moins de 120 kilomètres à construire, en retard sur le calendrier en raison de sanctions américaines.

L’Allemagne, destinataire du gaz russe, est sous pression pour abandonner le projet, la seule sanction de poids vis-à-vis de la Russie. Tout le reste est de l’ordre du symbolique.

Il est très peu probable que l’Allemagne puisse y renoncer. La Chancelière Angela Merkel a évoqué la possibilité de le suspendre l’été dernier, lorsque l’affaire Navalny a éclaté, pour mieux en enterrer l’idée malgré un vif débat au sein de la classe politique allemande.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, qui se rend demain à Moscou, a lui aussi estimé lundi, lors d’un forum en ligne de l'Institut Schuman, qu’il n’était « pas réaliste » d’imaginer l’abandon du gazoduc. Il ajoutait que ça ne serait pas une bonne « carte de visite » pour son voyage à Moscou.

Ce « réalisme », pour reprendre le mot de M. Borrell, montre la limite des prises de position dès lors que des intérêts importants sont en jeu. La France défend cette idée en sachant qu’elle n’aboutirait pas, sans doute parce qu’il ne lui déplait pas de montrer que ce n’est pas Paris qui fait obstacle ; une réponse à la volée de critiques que s’était attiré Emmanuel Macron lorsqu’il avait tenté un dialogue avec Moscou en 2019.

A l’arrivée, Poutine peut aussi réprimer en interne parce qu’il se sait inatteignable : c’est la réalité du monde de rapport de forces dans lequel nous sommes, à l’opposé de l’état de droit qui a été refusé à Alexei Navalny.

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