Les Etats-Unis ont indiqué, hier, qu’ils maintiendraient l’aide alimentaire qu’ils apportent aux Nord-coréens par l’intermédiaire de l’Onu. Approche guerrière vis-à-vis de l’Irak, pacifiste vis-à-vis de la Corée du Nord – pourquoi cette différence ? On ne comprend, à priori, pas. Il faudrait à l’Irak un minimum de cinq ans pour développer des armes nucléaires alors que la Corée du Nord en possède déjà deux et pourrait en avoir cinq voire six d’ici l’été. Saddam Hussein, a des missiles mais ils ne sont que d’une portée limitée, alors que Kim Jong-Il, le dictateur nord-coréen, possède, et en nombre, des missiles de longue portée, pouvant frapper non seulement la Corée du Sud mais aussi le Japon et les quelque cent mille soldats américains stationnés en Asie. A côté du régime nord-coréen, celui de Saddam semblerait presque empreint d’humanisme et tandis que la Corée du Nord vient d’expulser, mardi, les inspecteurs de l’Onu, l’Irak, après leur avoir rouvert ses portes, les laisse travailler comme ils l’entendent. Il y a, d’un côté, une menace avérée, de l’autre seulement virtuelle mais c’est contre l’Irak que les Etats-Unis mobilisent leurs armées alors que Georges Bush minimise le problème nord-coréen, ne parle que d’un « bras de fer diplomatique » et maintient l’aide alimentaire que l’Amérique apporte à la Corée du Nord où plus de la moitié de la population est sous-alimentée. Alors, oui, pourquoi tant de prudence d’un côté, de bellicisme de l’autre ? La première raison en est précisément que la Corée du Nord dispose de tels arsenaux que même les Etats-Unis ne pourraient pas impunément s’attaquer à elle. Pour le faire, Georges Bush devrait assumer le risque de ripostes contre les bases américaines en Asie, contre le Japon et la Corée du Sud, non seulement de lourdes pertes et de destructions massives dans des pays alliés mais aussi du premier tir nucléaire depuis Hiroshima et Nagasaki. On ne prend pas un tel risque sans que ses intérêts vitaux soient immédiatement menacés. On ne brandit pas une telle menace sans un minimum de crédibilité et, deuxième raison, de cette retenue, les Coréens du Sud, ceux qui auraient le plus à craindre d’un conflit, viennent d’élire un Président qui, comme son prédécesseur, prêche la négociation avec le Nord. Des Sud-coréens reprochent aujourd’hui à Georges Bush d’avoir inconsidérément poussé Kim Jong-Il à agiter le chiffon rouge, d’avoir créé une situation de crise en durcissant le ton contre un homme beaucoup plus imprévisible et puissant que Saddam Hussein. Les Etats-Unis peuvent donc d’autant moins ignorer que l’antiaméricanisme est à son comble en Corée du Sud que le Japon, lui non plus, ne veut pas de dérapages. Et puis, enfin, quoi qu’elle en dise, la Maison-Blanche ne peut pas envisager de se retrouver en même temps en guerre en Asie et au Proche-Orient, contre l’Irak et la Corée du Nord. Kim Jong-Il profite de la crise irakienne. Il veut une aide internationale et des assurances sur le maintien de son régime. Il a choisi son moment pour faire monter les enchères. C’était le bon et, plutôt mal à l’aise de devoir s’avouer impuissants, de devoir temporiser avec le Corée du Nord alors qu’ils refusent de le faire avec l’Irak, les Etats-Unis en sont réduits à expliquer qu’il ne faut justement pas laisser l’Irak devenir une autre Corée.

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