Comme on se révèle dans l’épreuve, cette catastrophe fait aussi voir l’état du monde. Mondialisation, dit-on sans cesse mais rien, aujourd’hui, ne démontre plus irrévocablement la réduction des distances et la confusion des mondes en un seul que ces plages dévastées où la mort a indistinctement frappé touristes et pécheurs, ceux qui pouvaient dépenser en une semaine bien plus que les autres ne gagnent en un an. Il y a déjà longtemps que les cinq continents ont les mêmes plages de décembre. On y vient des quatre coins du globe en un coup d’aile et cette industrie planétaire, mêmes rêves, mêmes catalogues, soutient l’économie de pays entiers dont le malheur est d’autant plus proche à tous qu’il est ainsi celui de chacun, par compatriotes ou parents interposés. Jamais l’expression de « village mondial » n’aura paru moins imagée, plus cruellement vraie, que depuis une semaine mais observons ce village tel que ces invisibles mouvements de fonds nous l’ont soudain montré. Avec 63 millions de dollars d’aide aux populations frappées, la Chine s’y range au rang des plus gros donateurs. Non seulement elle veut faire savoir qu’elle n’est plus le plus grand pays du quart monde, que sa croissance lui permet désormais, comme à l’Europe et à l’Amérique, de voler au secours des autres, non seulement elle signifie qu’elle compte, maintenant, parmi les puissants de ce monde mais tout l’obligeait aussi à faire ce geste. Ces pays sont pour elle des partenaires de première importance. Sa prospérité en dépend et les échanges qu’elle entretient avec eux sont trop importants pour qu’elle ne craigne pas que des épidémies et la ruine s’y développent. Autre pays-continent mais, elle, durement meurtrie par ces raz-de-marée, l’Inde a, pour sa part, refusé toute aide étrangère. Elle a, au contraire, dépêché avions, navires, hélicoptères vers l’Indonésie, les Maldives, le Sri Lanka comme pour mieux proclamer, elle aussi, son changement de statut. Puissance nucléaire, à la pointe de l’informatique et, bientôt, de la recherche pharmaceutique, l’Inde aspire à un siège au Conseil de sécurité et ne veut plus qu’on lui fasse l’aumône. On ne pourra plus ignorer que la géographie sociale du village mondial s’est modifiée mais ce drame a administré une quatrième preuve. Le village monde a besoin d’institutions à la hauteur de son unité. Il ne suffit pas de déplorer qu’il n’ait pas déjà disposé, la semaine dernière, d’un Samu international. Il faut aussi voir que tant qu’il ne se sera pas organisé par continents, par grands quartiers, il ne sera pas à même d’avoir des services de secours et de prévention communs, il ne pourra ni parer les dangers collectifs ni répondre aux cataclysmes avec moins de lenteur et plus d’efficacité que depuis huit jours. Si le monde a des plages communes, il peut, il lui faut avoir plus d’unité politique et l’on aurait aimé que l’Europe soit en mesure de, déjà, montrer l’exemple. C’est parce que l’Europe est en avance sur cette voie que ses retards sont insupportables. C’est également ce que cette épreuve donne à voir.

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