La grande idée de Jacques Chirac, une idée qu’il avait avancée bien avant l’échec du projet de Constitution européenne et qu’il devrait relancer demain, c’est les « groupes pionniers ». Puisque tout le monde, explique-t-il, ne veut pas ou ne peut pas avancer du même pas dans une Europe à vingt-cinq et bientôt plus, il faut que tous ceux qui souhaitent « aller plus vite et plus loin » dans un domaine ou l’autre le fassent sans attendre, ouvrant ainsi la voie aux autres, pour le moment où ils pourront les rejoindre. Attention ! Cette idée des groupes pionniers n’est pas celle du « noyau dur » qui consisterait, elle, à regrouper, au sein de l’Union, un nombre donné de pays décidés à agir ensemble sur tous les terrains, plus unis que les autres et constituant, de fait, une Union dans l’Union. Un « noyau dur » aurait l’inconvénient de créer deux Europe, l’une plus forte que l’autre et la dominant de son poids économique et institutionnel, de figer, donc, des blocs et de les opposer alors que les groupes pionniers laisseraient, eux, les choses ouvertes et ne créeraient pas d’antagonismes. Cette Europe-là, Dominique de Villepin l’appelle « l’Europe des projets » car les groupes pionniers, contrairement au noyau dur, seraient à géométrie variable, organisant, au cas par cas, un nombre différent de pays, ceux qu’intéresserait un projet concret. Un petit nombre d’Etats membres pourraient se retrouver autour de telle ambition, un grand nombre autour de telle autre. Les combinaisons seraient rarement les mêmes et personne ne pourrait se sentir exclu d’aucun groupe puisque chacun pourrait s’y joindre à tout moment. L’avantage de cette souplesse serait de permettre d’explorer des voies nouvelles que tout le monde n’est pas prêt à emprunter au même moment, de les roder et de préparer le terrain, de passer, en un mot, une vitesse mais, depuis les « non » français et néerlandais, l’Europe des projets présenterait un second intérêt, plus grand encore. Elle permettait à l’Union de ne pas rester inerte en attendant de retrouver un consensus institutionnel, de ne pas prendre plus de retard encore dans des domaines où les Etats ne peuvent pas grand-chose à eux seuls et de souder, surtout, les Européens dans des efforts communs dont la nécessité et le succès redonneraient corps et visibilité au projet européen. Des groupes pionniers pourraient se former sur la création de réseaux de grandes universités, de transports et de recherche, sur l’institution d’un service civil européen, sur des coopérations judiciaires, diplomatique ou militaires. Il n’y a que l’embarras du choix mais le plus important et le plus prometteur de ces groupes existe déjà. C’est celui que constituent les pays de l’euro, l’eurozone, dont il est plus que temps d’harmoniser les politiques car, outre que l’indépendance de la Banque centrale européenne n’a de sens que s’il y a un pouvoir politique en face d’elle, on ne peut pas avoir de monnaie commune sans convergence des législations et des politiques fiscales et économiques. C’est le projet par excellence, celui auquel se jaugera la capacité de rebond de l’Union.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.