Ce n’est pas l’Irak mais le monde musulman que l’exécution de Saddam Hussein a divisé. Ce n’est pas l’Irak car il y a déjà plus d’un an maintenant que ce pays est déchiré - plus de cent morts par jour - par des massacres entre chiites et sunnites. Cette exécution n’arrangera rien. Elle exacerbe les passions. Elle annonce vengeances et nouvelles violences mais n’introduit pas de changement qualitatif dans la guerre civile irakienne alors que dans le reste du monde musulman, au Proche-Orient comme au Maghreb, elle risque, là, oui, de changer bien des choses. Avant même l’annonce de cette pendaison, par des chiites, d’un ancien chef d’Etat sunnite, toutes les capitales arabes s’inquiétaient de la montée en puissance de l’Iran chiite, de son renforcement par l’arrivée au pouvoir des chiites irakiens à Bagdad, de ses ambitions nucléaires, du poids pris par ses alliés chiites du Hezbollah libanais et du soutien que Téhéran apporte aux islamistes palestiniens, sunnites mais désormais politiquement proches du radicalisme iranien. Arabie saoudite, Egypte et Jordanie en tête, cette affirmation d’un « croissant chiite » était devenue l’obsession des régimes sunnites, une telle crainte que l’on assistait même, depuis que le Hezbollah, armé par l’Iran, a survécu, cet été, à l’offensive israélienne contre le Liban, à un rapprochement politique entre les capitales arabes et Israël. Contre l’ennemi iranien, les contacts discrets se multipliaient. Contre l’ennemi commun, une collaboration s’approfondissait entre services secrets mais autant cette évolution était sensible au niveau gouvernemental, autant les populations sunnites étaient, elles, très loin d’épouser ce tournant. Chiisme ou pas, dans la « rue arabe », comme on dit, le prestige de l’Iran ne cessait au contraire d’augmenter car, la manière dont Mahmoud Ahmadinejad défiait les Etats-Unis et les grandes puissances sur le dossier nucléaire, ses diatribes contre Israël et sa promesse de le détruire impressionnaient et plaisaient. Cette popularité du Président iranien auprès de leurs propres peuples constituait même la première inquiétude des régimes sunnites mais, depuis samedi, quelque chose change et jusqu’au Maghreb où la presse algérienne dénonce une « vengeance chiite ». Depuis que l’enregistrement clandestin des derniers instants de Saddam circule partout, depuis que le monde arabe a entendu ses bourreaux chiites lui jeter au visage les noms de ses victimes chiites, lui promettre « l’enfer » et réciter une prière chiite sans lui laisser, à lui, le sunnite, le temps de faire ses dévotions, c’est dans les populations arabes et sunnites et plus seulement parmi leurs dirigeants que se réveille l’hostilité envers l’Iran, la Perse, l’ennemi historique, et l’ensemble des chiites. Il y a un grand perdant dans cette affaire. Seul pays à avoir frénétiquement applaudi la pendaison de Saddam, l’Iran perd sa popularité auprès des masses sunnites et risque l’isolement tandis que s’approfondit la division musulmane.

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