Trop divisée, trop lente, trop alourdie par des institutions byzantines, l’Union européenne déçoit quotidiennement. C’est pour cela qu’elle est malaimée de ses citoyens qui ne voient plus où elle va mais, là c’est autre chose. Ce n’est plus qu’elle n’est pas ce qu’on voudrait qu’elle soit mais, bien pire encore, qu’elle reste silencieuse devant une complète violation par l’un des ses Etats membres des principes démocratiques sur lesquels elle s’est fondée. Portée samedi à la présidence semestrielle de l’Union par la rotation entre les 27, la Hongrie vient de promulguer vendredi une loi qui enterre la liberté de sa presse. Aux termes de ce texte, un Conseil des media, bras armé de l’exécutif et entièrement composée de membres du parti au pouvoir, a désormais la possibilité d’infliger des amendes pouvant aller jusqu’à 730 000 € aux organes de presse qui auraient porté atteinte à « l’intérêt public, l’ordre public et la morale », entravé la « dignité humaine » ou publié des informations qui ne soient pas « politiquement équilibrées ». Aucune de ces notions n’est bien sûr définie pour la bonne raison qu'elles sont totalement subjectives. Le pouvoir hongrois s’est donné toute liberté d’assassiner à coup d’amendes un journal, une radio, une télévision, un site internet dont les prises de position ou les simples informations lui déplairaient. En contradiction avec tous les textes européens, la censure vient d’être établie dans un pays de l’Union qui va, qui plus est, la présider jusqu’à la fin du mois de juin et que se passe-t-il ? Rien. L’Allemagne et le Luxembourg ont protesté. Le malaise est évidemment général mais, à cette heure, aucune capitale n’a proposé de prendre des sanctions contre la Hongrie et moins encore de lui dire qu’elle présiderait l’Union le jour où cette loi aura été abrogée. C’est un moment de honte pour l'Europe, pour cette Union qui pose le respect de la démocratie en condition d’adhésion de tout nouveau membre mais comment expliquer son silence ? La première raison en est l’actuelle fragilité de l’Union européenne. Il lui a fallu d’énormes efforts, sept sommets en 2010, pour parvenir à institutionnaliser une solidarité financière entre ses Etats et sauver l’Irlande après le Grèce. L’Union peine à marcher vers un gouvernement économique dont elle a pourtant fini par admettre la nécessité. Tout se négocie, s’échange dans un permanent marchandage où chaque voix compte et, sur fond de crise économique, de faible croissance et de menace de nouvelles crises financières, personne n’a donc envie d’ajouter une crise politique à ces difficultés économiques. La prudence, une couardise en fait, l’emporte sur les principes les plus sacrés et cela d’autant plus que dans plus d’un domaine, bien d’autres gouvernements européens sont aujourd’hui tentés de s’affranchir des règles communes au nom de nécessités intérieures. C’est la deuxième raison de ce silence et la troisième est que le Premier ministre hongrois, le nationaliste de droite Viktor Orban, bénéficie d’une majorité parlementaire des deux tiers des députés. Aucune menace européenne ne pourrait le déstabiliser avant longtemps et c’est pour ces trois raisons que l’Union temporise et se trahit.

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