Il n’y a rien à redire à cette idée qu’il faut seulement faire connaître et défendre dans l’espoir que les dirigeants européens n’en refusent pas l’évidence. Pardon, donc, à ceux des auditeurs qui auront déjà lu la tribune publiée hier dans Le Monde par Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou mais voici ce qu’ils y disent.

Au moment de la crise financière de 2008, lorsque le système bancaire mondial a été bien proche de l’effondrement, rappellent-ils, la Réserve fédérale, la Banque centrale des Etats-Unis, a prêté 1200 milliards de dollars aux banques américaines au taux plus que symbolique de 0,01%. Pour éviter une catastrophe de dimension planétaire, la Réserve fédérale a, autrement dit, gratuitement prêté cette somme colossale à des établissements qui, pourtant, n’étaient pas pour rien dans leur déconfiture.

Elle a eu raison de le faire puisqu’il fallait éviter à tout prix qu’une faillite des banques n’entraîne celle du monde mais aujourd’hui, poursuivent les deux auteurs, les banques n’acceptent plus de prêter de l’argent aux Etats européens trop endettés qu’à des taux dépassant les 6% ou atteignant même les 7, 8, voire 9%. Au nom du risque qu’elles encourraient de n’être pas remboursées, les banques acculent ainsi ces Etats non seulement à sacrifier des investissements nécessaires et abaisser le niveau des salaires, des retraites et de la protection sociale mais à tant réduire les dépenses publiques qu’ils vont également droit à une récession et, par voie de conséquence, à une diminution des rentrées fiscales qui les enfermera dans le cycle infernal de l’endettement au lieu de les en sortir.

Cette situation n’est pas moins dangereuse pour l’économie mondiale que le krach de 2008. Outre la souffrance sociale qu’elle crée, elle pourrait très vite mener à des crises politiques et à un éclatement de l’Union européenne qui serait aussi tragique pour ses Etats membres que pour l’équilibre international. C’est une situation qui n’est pas acceptable et ne devrait pas être acceptée mais comment échapper à cette spirale infernale ?

La réponse de Michel Rocard et Pierre Larrouturou est limpide. Il faut aider, disent-ils, les Etats européens à rembourser leurs dettes anciennes – anciennes et non pas futures – en leur prêtant de l’argent à des taux tout aussi symboliques que ceux que la Réserve fédérale avait consentis aux banques américaines pour leur permettre de se refaire. Oui…

Certes, évidemment, mais comment ? Il n’est pas besoin pour cela, expliquent-ils de modifier les Traités ou de revenir sur l’interdiction faite à la BCE, la Banque centrale européenne, de prêter de l’argent aux Etats. Il suffit, au contraire, de s’en tenir au respect de ces missions fondamentales de la BCE que sont la stabilité des prix et des économies de la zone euro et à la possibilité que lui donnent ses statuts de prêter de l’argent aux organismes publics de crédit et aux organisations internationales. La BCE pourrait ainsi prêter, à des taux proches de zéro, à la Banque européenne d’investissement ou, en France, à la Caisse des dépôts qui pourraient, à leur tour, prêter aux Etats en difficultés à 0,02%. Les banques privées y perdraient mais pas le bien commun.

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